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	<title>AVATARIA</title>
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		<title>AVATARIA</title>
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		<title>Se souvenir du pr&#233;sent</title>
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		<description>&lt;p&gt;Texte propos&#233; par Arnaud ZOHOU en pr&#233;paration de la soir&#233;e du 20 avril 2018 &#034;&lt;a href='http://www.avataria.org/spip/De-l-ecrit-a-l-ecran-Soiree-autour-de-Philip-K-Dick' class=&#034;spip_in&#034;&gt;[De l'&#233;crit &#224; l'&#233;cran] Soir&#233;e autour de Philip K. Dick&lt;/a&gt;&#034; pr&#233;sent&#233;e par AVATARIA au cin&#233;ma Le M&#233;li&#232;s Saint-Fran&#231;ois.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.avataria.org/spip/-RENCONTRES-" rel="directory"&gt;RENCONTRES&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Texte propos&#233; par Arnaud ZOHOU en pr&#233;paration de la soir&#233;e du 20 avril 2018 &#034;&lt;a href='http://www.avataria.org/spip/De-l-ecrit-a-l-ecran-Soiree-autour-de-Philip-K-Dick' class=&#034;spip_in&#034;&gt;[De l'&#233;crit &#224; l'&#233;cran] Soir&#233;e autour de Philip K. Dick&lt;/a&gt;&#034; pr&#233;sent&#233;e par AVATARIA au cin&#233;ma Le M&#233;li&#232;s Saint-Fran&#231;ois.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_872 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.avataria.org/spip/local/cache-vignettes/L500xH630/dick-5d646.jpg?1771333124' width='500' height='630' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;PHILIP K. DICK
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'actualit&#233; de l'&#233;crivain am&#233;ricain Philip K. Dick ne cesse de surprendre. Que ce soit par le nombre exponentiel de films adapt&#233;s ou inspir&#233;s de ses livres au cin&#233;ma et &#224; la t&#233;l&#233;vision ces derni&#232;res ann&#233;es ; par un dynamisme &#233;ditorial avec la publication continue de son &#339;uvre dans plusieurs langues, malgr&#233; sa mort il y a 36 ans ; par les multiples cr&#233;ateurs dans diff&#233;rentes disciplines qui revendiquent aujourd'hui son influence voire son h&#233;ritage ; ou par sa large reconnaissance comme un immense &#233;crivain, bien au-del&#224; du seul genre science-fictif auquel il aurait pu &#234;tre cantonn&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais au fond, pourquoi cet attrait croissant pour les textes de Philip K. Dick ? Est-il d&#251; &#224; notre int&#233;r&#234;t durable et ambigu pour les ann&#233;es 1960-70 et tout ce qu'elles ont produit et pr&#233;par&#233; ? Est-ce un &#233;tonnement esth&#233;tique intact face &#224; la richesse des univers externes et internes parcourus par la litt&#233;rature de Dick, o&#249; influences classiques et modernes trouvent &#224; s'entrelacer avec une rare inventivit&#233; ? Ou la fascination romantique pour ce nouvel exemple du g&#233;nie tortur&#233;, d&#233;pressif et reclus ? Ou encore le fait souvent relev&#233; que nous vivons aujourd'hui dans un monde &lt;i&gt;dickien&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;pr&#233;-vu&lt;/i&gt; de fa&#231;on stup&#233;fiante par le romancier ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Et si, en-de&#231;&#224; de ces explications, nous prenions &#224; la lettre une phrase de la derni&#232;re femme de l'&#233;crivain, qui apporte un autre &#233;clairage au fait qu'il existe une ad&#233;quation troublante entre le monde d&#233;crit par ce dernier et celui que nous connaissons de nos jours. En effet, Tessa Dick affirme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T&#233;moignage recueilli dans le documentaire Les mondes de Philip K. Dick de Y. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#234;tre intimement persuad&#233;e &#8211; apr&#232;s que son mari a anticip&#233; sa propre mort en &#233;crivant la vision d'un homme allong&#233; dans son salon dans la position m&#234;me o&#249; il allait &#234;tre retrouv&#233; des ann&#233;es plus tard &#8211; que &lt;i&gt;Philip se souvenait du futur.&lt;/i&gt; Et donc, si nous suivons ce fil, que l'&#233;crivain n'aurait pas imagin&#233;, extrapol&#233; voire proph&#233;tis&#233; &#224; partir de son &#233;poque, mais a d'abord et avant tout - dans la plupart de ses livres et donc en romancier -, fait le portrait du monde dans lequel nous &#233;voluons aujourd'hui plus qu'hier, un monde auquel il avait acc&#232;s sur le mode du souvenir, dans lequel il aurait ainsi v&#233;cu &#224; travers diff&#233;rents types d'exp&#233;riences psychosomatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre de ceux qui se sont pench&#233;s sur le fonctionnement de la m&#233;moire humaine s'&#233;tonnent de cette mati&#232;re molle et plastique, claire et obscure, dont est fait un souvenir. Il r&#233;sulte d'empreintes r&#233;elles, de fabrications subjectives, de r&#233;agencements d'images, d'associations renouvel&#233;es, d'&#233;crans pi&#232;ges et de chausse-trappes, de coh&#233;rences narratives malmen&#233;es voire de fausses manifestations, mais aussi pour quelques &#233;l&#233;ments, de notre capacit&#233; &#224; retrouver de mani&#232;re tr&#232;s juste, puissante et fine certains d&#233;tails marquants d'un v&#233;cu, tellement ceux-ci nous ont litt&#233;ralement impressionn&#233;s. Complexit&#233; et intimit&#233; des processus m&#233;moriels qui, si nous les appliquons non plus au pass&#233; mais pour une fois avec Dick au futur, nous conduisent &#224; lire diff&#233;remment ses ouvrages comme ceux d'un &#233;crivain &#224; la recherche &#233;clat&#233;e du temps &#224; venir, moins visionnaire que t&#233;moin de ce qui n'est pas encore. Et &#224; consid&#233;rer ses fictions comme des documents dont l'&#233;tranget&#233; est le reflet normal de l'approximation, de la reconstruction mais aussi de la v&#233;rit&#233; profonde propre &#224; tout souvenir. Des r&#233;miniscences pas imm&#233;diatement saisissables certes, con&#231;ues par l'&#233;crivain lui-m&#234;me plut&#244;t comme des ph&#233;nom&#232;nes de clairvoyance ; mais qui pour nous maintenant sont renseign&#233;es et travers&#233;es d'&#233;clairs de lucidit&#233;, tant les d&#233;tails r&#233;v&#233;lateurs et les situations d&#233;crites &#8211; nous pouvons l'affirmer &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; - n'ont pu &#234;tre restitu&#233;s avec une telle intensit&#233; que par quelqu'un qui les aurait effectivement v&#233;cus. Ainsi &#224; partir des quelques traces m&#233;moris&#233;es issues d'&#233;v&#233;nements sensoriels aigus ou d'&#233;tats modifi&#233;s de conscience &#233;prouv&#233;s, dont Dick parle r&#233;guli&#232;rement dans ses &#233;crits (ph&#233;nom&#232;nes spirites, sympt&#244;mes psychotiques, troubles de la personnalit&#233;, ivresses, transes religieuses, extases : tout ce qui l'a projet&#233; de quelque fa&#231;on dans des vies futures plus que dans de simples visions), le romancier a tent&#233; de leur redonner une force d'expression, de r&#233;inventer &#224; partir de bribes le contexte dans lequel ils se sont produits, en somme de leur prodiguer du sens par la fiction. Alors, malgr&#233; les multiples petites transformations et raccords propres aux souvenirs, Philip K. Dick recr&#233;e par exemple San-Francisco demain, comme Marcel Proust a recr&#233;&#233; Combray hier ; pas tout &#224; fait comme ces lieux existeront ou ont exist&#233;, mais comme ils sont fabriqu&#233;s par leur m&#233;moire, puis retravaill&#233;s pour servir une intention dans un r&#233;cit. Avec la difficult&#233; suppl&#233;mentaire pour Dick de dater un &#233;v&#233;nement s'il concerne ce qui n'est pas encore advenu selon l'&#233;chelle classique du temps, ni de le croiser avec d'autres t&#233;moignages, car extrait &#224; ce moment-l&#224; d'une exp&#233;rience quasi-unique, que nous partageons d&#233;sormais aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
En suivant cette perspective oblique, lorsque nous r&#233;-abordons les histoires de Philip K. Dick, outre le plaisir simple de la lecture nous ne nous attachons plus que superficiellement au d&#233;roul&#233; des &#233;v&#233;nements, malgr&#233; leur int&#233;r&#234;t ou leur fantaisie foisonnante et parfois d&#233;routante. Car nous savons qu'ils sont soumis aux distorsions involontaires de toute m&#233;moire ; et aux excentricit&#233;s volontaires de l'auteur par son choix d&#233;lib&#233;r&#233; d'un genre litt&#233;raire consid&#233;r&#233; comme mineur, &lt;i&gt;une fiction populaire de qualit&#233; inf&#233;rieure&lt;/i&gt; qui a toutefois&lt;i&gt; le pouvoir d'&#233;voquer des choses&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Ma&#238;tre du Haut-Ch&#226;teau, 1962. Traduction J. Parsons, &#201;ditions J'ai Lu, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans leur profondeur et leur authenticit&#233;, la Science-Fiction ; celle-ci lui permet &#233;galement de masquer le sujet grave mais intempestif qu'il traite en r&#233;alit&#233;, tout en &#233;chappant &#224; la r&#233;cup&#233;ration politique &#224; laquelle se risque toute litt&#233;rature s&#233;rieuse, en premier lieu la philosophie. A la lecture de ses nouvelles et romans, nous sommes d&#232;s lors attentifs &#224; la trame de fond d'une part et aux dispositifs structurant les situations expos&#233;es d'autre part, comme autant d'architectures dont la mise &#224; jour permet de d&#233;crypter et d'interpr&#233;ter le sens cach&#233; sous la surface, &#224; la l&#233;g&#232;ret&#233; trompeuse.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;strong&gt;Si Dick montre une Am&#233;rique nazie fortement racialis&#233;e dans un monde o&#249; par ailleurs les fous sont au pouvoir, o&#249; les grands industriels et les banquiers - pires que les gouvernants et agents extr&#233;mistes &#8211; contr&#244;lent en sous-main la soci&#233;t&#233;, n'est-il pas permis de penser qu'il d&#233;crit ce dont nous sommes les h&#233;ritiers : une id&#233;ologie nazie qui a surv&#233;cu &#224; la guerre, pr&#233;sente dans nos soci&#233;t&#233;s de fa&#231;on sous-jacente et pernicieuse car masqu&#233;e derri&#232;re les formes acceptables des d&#233;mocraties parlementaires, qui commence toutefois &#224; &#233;merger au grand jour alors que se l&#233;zardent les fa&#231;ades de respectabilit&#233; de nos r&#233;gimes en devenant plus autoritaires, nationalistes et s&#233;curitaires, pas seulement aux &#201;tats-Unis ?...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En abordant Philip K. Dick &#224; la lumi&#232;re &#233;trange de cette id&#233;e d'un futur rem&#233;mor&#233;, son &#339;uvre n'est plus seulement de science-fiction, d'anticipation voire de pr&#233;cognition, mais devient celle d'un romancier historique du monde qui vient. Nous accueillons d&#232;s lors avec moins de surprise la concordance des temps entre ce qu'il a r&#233;dig&#233; il y a plus de 50 ans, et la perception que nous avons parfois de notre propre r&#233;alit&#233;. Aussi, pour les lecteurs ou relecteurs contemporains, en sillonnant certaines pages de Dick, force leur est de constater non l'impression diffuse d'un d&#233;j&#224;-vu, mais le sentiment pr&#233;gnant d'un quotidien. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'une fa&#231;on &#233;vidente, ces quelques trouvailles de Philip K. Dick glan&#233;es dans ses ouvrages illustrent le sentiment saisissant qu'elles sont des t&#233;moignages de notre 21e si&#232;cle, avec les ajustements d'usage :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La police pr&#233;dictive, d&#233;crite dans la nouvelle &lt;i&gt;Rapport minoritaire&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Minority Report&lt;/i&gt; - 1953) o&#249; des individus nomm&#233;s &lt;i&gt;Pr&#233;cogs&lt;/i&gt; voient &#224; l'avance les meurtres pas encore commis, et d&#233;clenchent par leur vision l'arrestation de l'agresseur potentiel avant qu'il ne passe &#224; l'acte. Les &lt;i&gt;Pr&#233;cogs&lt;/i&gt; existent de mani&#232;re virtuelle aujourd'hui : ce sont les algorithmes utilis&#233;s par certaines polices pour &#233;valuer chaque jour avec un certain succ&#232;s les aires o&#249; des actes d&#233;lictueux ont le plus de risque de se produire afin d'y concentrer leurs forces dissuasives, ou plus g&#233;n&#233;ralement pour le profilage des individus afin de r&#233;primer les agitations qui pourraient &#234;tre commises.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'augmentation significative des maladies mentales (autisme, schizophr&#233;nie&#8230;) du fait de la production de plus en plus massive de produits chimiques par les industries et leur prolif&#233;ration dans l'environnement quotidien des populations, ainsi qu'annonc&#233; dans &lt;i&gt;Glissement de Temps sur Mars&lt;/i&gt; (Martian Time-Slip &#8211; 1964).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le r&#233;chauffement climatique comme probl&#232;me environnemental majeur dans &lt;i&gt;Le Dieu venu du Centaure&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;The Three Stigmata Of Palmer Eldricht &lt;/i&gt; - 1964).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les limites de ce qu'est et ce qui fait humanit&#233;, questionn&#233;es par l'intelligence artificielle d'une part sous la forme des humano&#239;des comme dans &lt;i&gt;Blade Runner&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Do Androids Dream of Electric Sheeps ?&lt;/i&gt; - 1968), d'autre part et plus g&#233;n&#233;ralement dans son &#339;uvre par le mode d'existence des objets et des entit&#233;s non-humaines (machines, extra-terrestres, divinit&#233;s) et leur place au c&#339;ur de la vie des &#234;tres humains.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La surveillance g&#233;n&#233;ralis&#233;e qui aboutit, dans une soci&#233;t&#233; de plus en plus polici&#232;re et parano&#239;aque, &#224; des formes d'autocontr&#244;le des individus sur eux-m&#234;mes. Elle modifie en profondeur les comportements individuels et collectifs, et favorise autant des attitudes psychotiques que des temp&#233;raments addictifs et asth&#233;niques. C'est ce que montre entre autres le livre &lt;i&gt;Substance Mort&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;A Scanner Darkly&lt;/i&gt; - 1977), o&#249; les effets de la surveillance de masse puis cibl&#233;e ali&#232;nent plus efficacement encore que la r&#233;pression brutale, dans l'objectif d'un plus grand contr&#244;le social.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais encore, postulats perturbants :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La conspiration &#224; tr&#232;s grande &#233;chelle, la manipulation industrialis&#233;e de l'information m&#233;diatique comme scientifique et la reconstruction truqu&#233;e de l'histoire, gr&#226;ce &#224; la puissance in&#233;dite notamment des nouvelles technologies ; ceci &#224; un point tel que demain peut-&#234;tre - comme l'annonce (donc le d&#233;crit ?) le livre &lt;i&gt;La v&#233;rit&#233; avant-derni&#232;re &lt;/i&gt; (&lt;i&gt;The Penultimate Truth&lt;/i&gt; &#8211; 1964), une partie importante de l'humanit&#233; vivra sous terre dans l'esclavage, prompte &#224; croire que la surface est rest&#233;e contamin&#233;e apr&#232;s une guerre nucl&#233;aire, ainsi qu'une petite &#233;lite privil&#233;gi&#233;e l'aura mis en sc&#232;ne et fait croire afin de profiter seule des richesses devenues rares de la plan&#232;te.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ou la victoire de l'Allemagne et du Japon lors de la seconde guerre mondiale, dont les cons&#233;quences se font sentir jusqu'aux &#201;tats-Unis recompos&#233;s et devenus totalitaires dans &lt;i&gt;Le Ma&#238;tre du Haut-Ch&#226;teau&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;The Man of the High Castle&lt;/i&gt; - 1962), ouvrage inou&#239; souvent pr&#233;sent&#233; comme une uchronie. Si Dick montre une Am&#233;rique nazie fortement racialis&#233;e dans un monde o&#249; par ailleurs les fous sont au pouvoir, o&#249; les grands industriels et les banquiers - pires que les gouvernants et agents extr&#233;mistes &#8211; contr&#244;lent en sous-main la soci&#233;t&#233;, n'est-il pas permis de penser qu'il d&#233;crit ce dont nous sommes les h&#233;ritiers : une id&#233;ologie nazie qui a surv&#233;cu &#224; la guerre, pr&#233;sente dans nos soci&#233;t&#233;s de fa&#231;on sous-jacente et pernicieuse car masqu&#233;e derri&#232;re les formes acceptables des d&#233;mocraties parlementaires, qui commence toutefois &#224; &#233;merger au grand jour alors que se l&#233;zardent les fa&#231;ades de respectabilit&#233; de nos r&#233;gimes en devenant plus autoritaires, nationalistes et s&#233;curitaires, pas seulement aux &#201;tats-Unis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Ma&#238;tre du Haut-Ch&#226;teau&lt;/i&gt; : o&#249; il est question d'un auteur de science-fiction, Hawthorne Abendsen, qui dans un livre interdit pour son potentiel explosif - &lt;i&gt;La sauterelle p&#232;se lourd&lt;/i&gt; - remet en cause la version officielle servie par les autorit&#233;s politiques aux populations (la victoire allemande et japonaise en l'occurrence) ; version qui permet de cr&#233;er puis maintenir un certain ordre mondial dans lequel vit l'humanit&#233;. Il r&#233;v&#232;le qu'en r&#233;alit&#233;, ce sont les alli&#233;s, Angleterre et &#201;tats-Unis en t&#234;te, qui ont remport&#233; la victoire en 1945. &lt;i&gt;La sauterelle p&#232;se lourd&lt;/i&gt; peint donc un monde alternatif &#224; celui per&#231;u par les habitants, sans que personne ou presque n'en ait conscience, sinon de mani&#232;re diffuse. Abendsen lui-m&#234;me ne semble pas vouloir prendre la mesure de ce qu'il a commis tant c'est une id&#233;e &#233;crasante et radicale, alors m&#234;me que le fond de v&#233;rit&#233; de son roman sera clairement affirm&#233; en derni&#232;re instance : les Alli&#233;s sont effectivement victorieux, donc la grande majorit&#233; du monde est la proie d'une vaste illusion. Quelques chapitres avant la conclusion du &lt;i&gt;Ma&#238;tre du Haut-Ch&#226;teau&lt;/i&gt;, nous avions eu un aper&#231;u d'une r&#233;alit&#233; profonde derri&#232;re la r&#233;alit&#233; apparente : la surface d'illusion s'est fractur&#233;e, laissant d&#233;couvrir l'outre-monde &#224; un personnage du roman de Dick, le n&#233;gociant Mr Tagomi. Gr&#226;ce &#224; un objet &#171; &lt;i&gt;transitionnel&lt;/i&gt; &#187;, un pendentif poss&#233;dant une charge spirituelle sp&#233;cifique, Mr Tagomi traverse quelques instants le miroir sans d'abord s'en rendre compte, et se trouve pr&#233;cipit&#233; dans un San-Francisco o&#249; ce ne sont plus les Japonais qui dirigent l'ouest am&#233;ricain, o&#249; plus aucun v&#233;lo-taxi n'envahit les rues de la ville, o&#249; le paysage est diff&#233;rent de celui dans lequel il a l'habitude de naviguer tous les jours. &#201;videmment Tagomi n'en croit pas ses yeux ; il cherche, entrevoit, repousse une explication, jusqu'&#224; souhaiter revenir &#224; son univers connu, rassurant, o&#249; il a ses rep&#232;res, o&#249; l'id&#233;ologie allemande r&#232;gne encore. D'ailleurs il y retourne. Toutefois il a v&#233;cu un &#233;pisode fonci&#232;rement inqui&#233;tant qui, m&#234;me s'il ne le comprend pas ou ne veut pas le saisir, laisse une trace dans ses pens&#233;es, appartient &#224; ses souvenirs, alimente son doute.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hawthorne Abendsen est &#224; &lt;i&gt;La sauterelle p&#232;se lourd&lt;/i&gt; ce que Philip K. Dick est au &lt;i&gt;Ma&#238;tre du Haut-Ch&#226;teau&lt;/i&gt; : apparemment un romancier de Science-Fiction qui, dans un ouvrage subversif, r&#233;v&#232;le &#224; ses contemporains incr&#233;dules une autre facette de la r&#233;alit&#233;. Ainsi &lt;i&gt;Le Ma&#238;tre du Haut-Ch&#226;teau&lt;/i&gt; nous dit : nous n'&#233;voluons pas dans un environnement d&#233;mocratique et lib&#233;ral, mais les nazis ont eu gain de cause ; leur id&#233;ologie a perdur&#233;, s'est vue exfiltr&#233;e vers les Am&#233;riques o&#249;, plut&#244;t que de montrer son profil frontal et brutal comme en Europe d&#232;s les ann&#233;es 30, elle &lt;i&gt;ronge, ronge, ronge&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Phrase r&#233;p&#233;t&#233;e par Manfred, personnage schizophr&#232;ne du livre Glissement de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; lentement et du dedans les institutions &#233;tasuniennes notamment, occidentales en g&#233;n&#233;ral, dont les ornements affich&#233;s cachent un int&#233;rieur putride. Le national-socialisme comme v&#233;rit&#233; profonde du monde moderne, que Dick sent toujours d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre &#224; son &#233;poque, hante litt&#233;ralement ses &#233;crits ; p&#233;riode nazie durant laquelle a &#233;t&#233; exp&#233;riment&#233;e - non de fa&#231;on nouvelle dans l'Histoire mais concentr&#233;e et au-del&#224; de toute mesure au c&#339;ur de l'Europe - les possibilit&#233;s du mensonge via la propagande, la surveillance g&#233;n&#233;ralis&#233;e des populations, la r&#233;ification des &#234;tres, le conditionnement des comportements de chacun et de tous, la logique des camps comme mode d'organisation sociale, mais aussi et &#224; travers un ensemble de recherches souvent morbides, les pouvoirs et les limites du corps, du cerveau, voire de l'esprit humain par la manipulation du sacr&#233;. Autant de th&#232;mes abord&#233;s tout au long de l'&#339;uvre de Philip K. Dick.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme pour Abendsen ou d'autres personnages du &lt;i&gt;Ma&#238;tre du Haut-Ch&#226;teau&lt;/i&gt;, Dick se reconnait aussi sous les traits de Mr Tagomi, lequel subit une travers&#233;e du miroir, un d&#233;chirement du voile dissimulant la r&#233;alit&#233; vraie, gr&#226;ce &#224; la m&#233;diation d'un pendentif. A la mani&#232;re de Tagomi, comme le confirme ses &#233;crits o&#249; est revendiqu&#233;e une dimension autobiographique, Dick a connu de tels d&#233;chirements &#224; travers des exp&#233;riences psycho-sensorielles majeures, d'ordre schizophr&#233;nique, psych&#233;d&#233;lique ou religieux : toute &#233;preuve o&#249; l'&#233;quilibre chimique du m&#233;tabolisme est profond&#233;ment alt&#233;r&#233;. Et ce d&#232;s avant 1962, date &#224; laquelle a &#233;t&#233; &#233;crit &lt;i&gt;Le Ma&#238;tre du Haut-Ch&#226;teau&lt;/i&gt;, donc bien avant sa c&#233;l&#232;bre exp&#233;rience mystique qui date de f&#233;vrier et mars 1974, &#224; partir et autour de laquelle il &#233;crira ses derniers textes : les romans philosophiques &lt;i&gt;Radio Libre Albemuth&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Siva&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'invasion divine&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La transmigration de Timothy Archer&lt;/i&gt;, tous n&#233;s des 8000 pages de son journal spirituel, &lt;i&gt;l'Ex&#233;g&#232;se de Philip K. Dick.&lt;/i&gt; Outre le fait que sa crise de 1974 pr&#233;sente des ressemblances &#233;tranges avec celle v&#233;cue par le personnage Tagomi dans son texte de 1962, r&#233;duisant &#224; peau de chagrin l'&#233;cart entre fiction et r&#233;alit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous pouvons ainsi nous interroger sur le moment exact de l'exp&#233;rience (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Dick ne cesse de pr&#233;tendre que ces distorsions psychiques ouvrent des br&#232;ches dans le r&#233;el, dans sa perception mentale comme mat&#233;rielle. Ce que d&#233;voile ces failles spatio-temporelles, v&#233;cues par l'auteur comme des visions concr&#232;tes d'une autre &#233;poque, il le compulse, le d&#233;veloppe, le transforme dans ses livres, faisant porter &#224; ses personnages ses exp&#233;riences, ses messages voire ses proph&#233;ties. De ces voyages, il revient charg&#233; de souvenirs &#233;pars, souvent incoh&#233;rents. Avec ces bribes, son talent de romancier et une conscience modifi&#233;e par les &#233;preuves, Dick les exorcise par l'&#233;criture en nous livrant ses hypoth&#232;ses sur le sens de ces travers&#233;es, autant sur les plans psychique et philosophique, mais aussi social et politique. D'ailleurs ce qu'il voit du futur, ce ne sont pas tant des individus haut en couleur, des inventions technologiques d&#233;lirantes, des armes qui n'existeront peut-&#234;tre jamais, des voyages improbables sur d'autres plan&#232;tes, apparats de la science-fiction souvent infirm&#233;s par l'avenir m&#234;me ; non, Dick vit du futur surtout les syst&#232;mes de fonctionnement de soci&#233;t&#233;s en devenir et leur impact sur les individus, rouages qui eux sont confirm&#233;s par notre pr&#233;sent. Aussi &#233;chappe-t-il aujourd'hui encore au d&#233;clin du genre science-fictif dans le champ de la litt&#233;rature&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nicolas Nova, dans Futurs. La panne des imaginaires technologiques (&#201;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, par l'attachement port&#233; non seulement &#224; la psychologie individuelle mais aussi et peut-&#234;tre surtout &#224; la psychologie sociale, les deux ne pouvant &#234;tre trait&#233;es s&#233;par&#233;ment sans se perdre : l'objet technique, les r&#234;ves technologiques &#233;tant d&#232;s lors des moyens de discuter de l'organisation de notre civilisation industrieuse et de ses enjeux profonds, &#224; travers le rapport qu'elle entretient avec ce qu'elle produit. Ainsi &#224; la Science-Fiction inspir&#233;e s'adjoint toujours chez l'&#233;crivain un documentaire social annonciateur, dont l'ancrage ne cesse en v&#233;rit&#233; d'appara&#238;tre &#224; mesure que se vident les illusions civilisatrices de la modernit&#233;, o&#249; la diff&#233;rence fertile entre les individus se noie dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;ralis&#233;e et paup&#233;ris&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relire s&#233;rieusement Philip K. Dick en tant qu'auteur de S-F comme Sociale-Fiction, t&#233;moin d&#233;crivant de la fa&#231;on la plus pr&#233;cise possible le monde qui vient &#224; partir des bribes dont il se souvient lors de ses travers&#233;es du miroir, devient &#224; la fois &#233;clairant et effrayant, un brin parano&#239;aque aussi : un exercice proprement dickien en somme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A moins de&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
A moins de privil&#233;gier une autre voie. Car si l'hypoth&#232;se de souvenirs du futur est s&#233;duisante et potentiellement fonctionnelle, le probl&#232;me reste qu'elle fut critiqu&#233;e avec vigueur par Dick lui-m&#234;me dans son Ex&#233;g&#232;se, o&#249; il affirme avoir toujours combattu l'id&#233;e d'une science-fiction consid&#233;r&#233;e comme une histoire du futur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Ex&#233;g&#232;se de Philip K. Dick, 2011. Traduction H&#233;l&#232;ne Collon, &#201;ditions J'ai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Le Ma&#238;tre du Haut-Ch&#226;teau&lt;/i&gt;, ce texte fondateur d'une des p&#233;riodes les plus f&#233;condes de l'auteur, ouvre peut-&#234;tre une nouvelle piste. Et si Philip K. Dick se souvenait du&#8230; pr&#233;sent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'uchronie d'Abendsen dans &lt;i&gt;La sauterelle p&#232;se lourd&lt;/i&gt; (comme celle de Dick dans &lt;i&gt;Le Ma&#238;tre du Haut-Ch&#226;teau&lt;/i&gt;) ne propose pas une version alternative du futur, mais une r&#233;alit&#233; alternative du pr&#233;sent lui-m&#234;me ; elle ne montre pas une &#233;poque invent&#233;e &#224; partir de la modification d'un &#233;l&#233;ment historique qui change ensuite la donne, mais d&#233;voile ce qui existe effectivement, dissimul&#233; derri&#232;re ce que nous vivons. Elle n'est donc pas strictement une uchronie, ni m&#234;me une dystopie, car elle ne d&#233;crit pas une soci&#233;t&#233; imaginaire, mais la v&#233;rit&#233; d'une soci&#233;t&#233; qui vit dans l'imaginaire. Ce qui pose une interrogation philosophique atypique en plus de celles g&#233;n&#233;ralement soulev&#233;es par les formes litt&#233;raires pr&#233;cit&#233;es (l'ali&#233;nation sociale, l'impossibilit&#233; du bonheur, la v&#233;rit&#233;&#8230;) : cette question est celle de la nature m&#234;me du pr&#233;sent. Le pr&#233;sent semble chez Dick avoir une &#233;paisseur insoup&#231;onn&#233;e. Il se d&#233;plie en plusieurs strates superpos&#233;es, dont certaines masquent ou travestissent les autres. Au sein de ce pr&#233;sent &#224; plusieurs niveaux intriqu&#233;s de r&#233;alit&#233;, certains se r&#233;f&#232;rent au pass&#233;, ou au futur&#8230; Comme si le futur &#233;tait compris au pr&#233;sent, car il n'est autre qu'une s&#233;rie d'alternatives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La v&#233;rit&#233; avant-derni&#232;re, 1964. Traduction A. Dor&#233;mieux, &#201;ditions Robert (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui se vit ici et maintenant. Comme si le pass&#233; &#233;tait compris au pr&#233;sent, parce qu'il n'est qu'une s&#233;rie de recompositions et de r&#233;interpr&#233;tations qui s'agencent au pr&#233;sent. Un pr&#233;sent consistant donc, dans l'&#233;paisseur duquel d'autres dimensions apparaissent &#224; celui qui se d&#233;couvre en capacit&#233; d'en traverser la fugitive apparence. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s lors se souvenir du futur signifie se souvenir de zones caverneuses d'un pr&#233;sent complexe, pli&#233; sur lui-m&#234;me. Ou pour &#233;viter les difficult&#233;s conceptuelles &#224; associer &lt;i&gt;souvenir&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;pr&#233;sent&lt;/i&gt;, et se rapprocher d'une terminologie &lt;i&gt;nouvell&#226;geuse&lt;/i&gt;, se souvenir du futur consisterait en fin de compte &#224; devenir pr&#233;sent au pr&#233;sent, en capacit&#233; d'attention et de vigilance aux multiples dimensions souvent peu perceptibles de chaque instant, et ceci au moment m&#234;me o&#249; elles se produisent : se souvenir, ou &#234;tre vigilant &#224; ce pr&#233;sent-millefeuille donnant acc&#232;s &#224; des temporalit&#233;s parall&#232;les non seulement post&#233;rieures, mais &#233;galement ant&#233;rieures. Aucune difficult&#233; alors pour que le t&#233;moignage de Dick transpos&#233; dans ses livres porte autant sur des p&#233;riodes contemporaines, &#224; venir, mais &#233;galement pass&#233;es : ainsi ses souvenirs de la Rome antique mis en fiction dans la trilogie divine (&lt;i&gt;d'Albemuth &#224; Timothy Archer&lt;/i&gt;), &#233;poque au sein de laquelle l'&#233;crivain pr&#233;tend avoir s&#233;journ&#233; lors de son exp&#233;rience mystique, o&#249; les Empires romain et am&#233;ricain se sont structurellement confondus dans un &lt;i&gt;perp&#233;tuel pr&#233;sent d'une colossale immensit&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Radio Libre Albemuth, 1985. Traduction E. Jouanne, &#201;ditions Deno&#235;l, Paris (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au fond les deux d&#233;placements proc&#232;dent de la m&#234;me travers&#233;e vers le bas des couches du temps. C'est donc en arch&#233;ologue du pr&#233;sent qu'agit Philip K. Dick.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qu'am&#232;nent d'ailleurs les id&#233;es d'une &#233;paisseur du pr&#233;sent et de son arch&#233;ologie, et que ne sauraient poss&#233;der un futur et un pass&#233; qui lui seraient d&#233;tach&#233;s, c'est le caract&#232;re non seulement psychique, mais aussi physique de la travers&#233;e et de l'exploration des dimensions temporelles. L'&#233;paisseur du pr&#233;sent renvoie &#224; sa mat&#233;rialit&#233;. Le passage ne rel&#232;ve donc pas d'un d&#233;r&#232;glement mental ou d'une simple op&#233;ration intellectuelle d&#233;nu&#233;e de solidit&#233;, mais celui qui se trouve projet&#233; au-del&#224; des apparences vit &lt;i&gt;intens&#233;ment&lt;/i&gt; ce voyage, autant avec son corps qu'avec son esprit, si tant est que ces deux objets soient diff&#233;rents. Le voyageur, dans les romans de Dick comme dans sa propre vie, n'est pas projet&#233; dans un autre temps uniquement dans sa t&#234;te, en quelque sorte, ni ne l'&#233;prouve g&#233;n&#233;ralement ainsi. Non, le voyageur se sent propulser dans un autre espace-temps, possiblement dans d'autres mondes lointains et d'autres &#233;poques. Son exp&#233;rience se r&#233;v&#232;le donc totale et non partielle, de son point de vue tout du moins. M&#234;me hallucin&#233;e, la translation est v&#233;cue comme r&#233;elle, dans le sens plein du mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs &#233;nigmes, que la fiction aide &#224; explorer plut&#244;t qu'&#224; r&#233;soudre, naissent &#224; partir des deux hypoth&#232;ses suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; nous vivons le pr&#233;sent d'une illusion ayant un fort degr&#233; de mat&#233;rialit&#233;, et ce, sans s'en rendre vraiment compte ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; toute travers&#233;e radicale levant ce voile illusoire donne acc&#232;s &#224; d'autres r&#233;alit&#233;s, peut-&#234;tre tout aussi illusoires, et qui par cons&#233;quent ont elles aussi un fort degr&#233; de mat&#233;rialit&#233; pour celui qui les vit : elles produisent du r&#233;el.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, comment est fabriqu&#233; notre monde, cette r&#233;alit&#233; holographique au sein de laquelle nous baignons, en laquelle nous croyons dans une v&#233;ritable hallucination collective&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Ce qu'il faut d&#233;passer, c'est l'erreur de croire que l'hallucination est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Est-ce une sorte de projection hollywoodienne qui le recouvre d'images, le falsifie et le camoufle ? Sommes-nous sous l'influence d'un psychotrope redoutable, dont l'effet provoque une existence enti&#232;rement fantasm&#233;e ? Est-ce une forme de programmation neuronale pr&#233;coce, ou de suggestion sophistiqu&#233;e gr&#226;ce &#224; une hypnose massive qui nous emp&#234;che de voir certains &#233;l&#233;ments, forclos une partie de la r&#233;alit&#233; (de la m&#234;me fa&#231;on qu'il est possible, chez des individus sensibles aux injonctions hypnotiques, d'induire un &#233;tat o&#249; au &#171; r&#233;veil &#187;, ils ne voient litt&#233;ralement plus certains &#233;l&#233;ments mat&#233;riels de leur milieu imm&#233;diat, comme une cam&#233;ra qui les filme) ? R&#234;vons-nous ensemble ou sommes-nous r&#234;v&#233;s ? Est-ce un jeu sur nos perceptions &#224; la racine, gr&#226;ce &#224; la manipulation d'ondes psychiques ou de fr&#233;quences c&#233;r&#233;brales, brouill&#233;es par des signaux auxquels nous n'avons pas acc&#232;s : ainsi de l'oreille humaine, incapable de capter certaines fr&#233;quences discern&#233;es par d'autres esp&#232;ces animales, ou accessibles &#224; quelques individus affect&#233;s par des pathologies (l'hyperacousie par exemple) ? La vibration &#224; laquelle le cerveau humain majoritairement per&#231;oit le monde ne lui permet-elle pas de se brancher sur d'autres fr&#233;quences, qui lui ouvriraient alors une vision totalement diff&#233;rente d'une r&#233;alit&#233; superpos&#233;e &#224; la n&#244;tre ? R&#233;alit&#233; inaccessible sauf peut-&#234;tre dans le sommeil, ou &#224; ceux qui sont victimes de d&#233;sorientation ou de d&#233;sordre c&#233;r&#233;bral : l&#233;sion accidentelle, anomalie g&#233;n&#233;tique, hypersensibilit&#233;, saturation empathique, folies, &#233;tats modifi&#233;s de conscience provoqu&#233;s par des poisons divers, des pollutions environnementales, des exercices spirituels extr&#234;mes, voire des conditionnements ou initiations qui autorisent l'acc&#232;s &#224; des vibrations diff&#233;rentes, et produisent des &lt;i&gt;interf&#233;rences&lt;/i&gt; aptes &#224; perturber la perception coutumi&#232;re ? Toutes sortes de d&#233;s&#233;quilibres qui provoquent le d&#233;centrage n&#233;cessaire, aiguisent l'outil pour lac&#233;rer la r&#233;alit&#233; commun&#233;ment admise, la relativise en apportant &lt;i&gt;un aper&#231;u d'une r&#233;alit&#233; absolue dont la fa&#231;ade aurait &#233;t&#233; arrach&#233;e. Mais cette id&#233;e est si &#233;crasante et radicale qu'elle ne peut pas &#234;tre int&#233;gr&#233;e aux conceptions habituelles des choses&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Glissement de temps sur Mars, 1964. Traduction H-L. Planchat, &#201;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans presque tous les &#233;crits de Dick, des cr&#233;atures humaines r&#233;alisent ces perc&#233;es de l'autre c&#244;t&#233; du miroir d'une mani&#232;re souvent fortuite, pas toujours accept&#233;e. Suite &#224; de telles exp&#233;riences, devenues borgnes au milieu des aveugles - vivantes parmi les morts, elles tentent d&#233;sesp&#233;r&#233;ment d'affranchir leurs contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces hypoth&#232;ses partent &#233;galement des d&#233;rivations qui irriguent le r&#233;seau d'ouvrages de Philip K. Dick, lesquels ne cessent par ailleurs de discuter entre eux, de faire r&#233;f&#233;rence les uns aux autres, comme autant de variations autour des intuitions puissantes et malignes que l'auteur a lib&#233;r&#233;es dans son &#339;uvre. Si la pr&#233;somption de r&#233;alit&#233;s fard&#233;es ou filtr&#233;es s'av&#232;re valide par exemple, quelles en sont les corr&#233;lats m&#233;taphysiques, et narratifs ? Des moyens existent-ils pour s'&#233;vader de l'illusion ? Une telle &#233;chappatoire fonctionnerait-elle individuellement, ou collectivement ? Pouvons-nous arracher le voile sans aussit&#244;t se prendre dans un filet suivant tout aussi chim&#233;rique, et ceci ind&#233;finiment ? Les non-r&#233;ponses de Dick sont contrast&#233;es, cela marque aussi sa singularit&#233;. Car accepter de franchir le gouffre avec lui ne nous garantit pas de trouver derri&#232;re le leurre enfin d&#233;voil&#233;, une v&#233;rit&#233; sup&#233;rieure, pure, stable, d&#233;sirable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il n'y a rien de nouveau &#224; s'interroger sur l'existence d'une surface (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bien au contraire. Nous butons plut&#244;t sur un paysage incertain, souvent sombre voire sordide, avari&#233;, obligeant celui qui y acc&#232;de &#224; devoir l'affronter ou le subir, &#224; l'assumer, &#224; en t&#233;moigner. La v&#233;rit&#233; &#233;chine et encha&#238;ne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Tu conna&#238;tras la v&#233;rit&#233;&#8230; et par elle tu seras encha&#238;n&#233;e &#187;. La v&#233;rit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;paisseur mat&#233;rielle du pr&#233;sent entra&#238;ne aussi sa pesanteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi le vivent ces &#234;tres &lt;i&gt;sp&#233;ciaux&lt;/i&gt; qui selon Dick, de par leur complexion psychique atypique, naviguent r&#233;guli&#232;rement de l'autre c&#244;t&#233; du miroir : les d&#233;biles, les schizophr&#232;nes, les bipolaires, les autistes&#8230; Loin de tout romantisme de la maladie mentale, ces individus sont g&#233;n&#233;ralement poss&#233;d&#233;s par des visions de souffrance, de d&#233;cr&#233;pitude ou de mort, bien plus souvent que de b&#233;atitude. Voir &#224; travers le voile, vivre dans l'outre-monde g&#233;n&#232;re des angoisses violentes, que la plupart des gens dits normaux ne sauraient supporter dans la dur&#233;e, m&#234;me si parfois d'aucuns s'accordent une plong&#233;e dans la gr&#226;ce des inqui&#233;tudes au moyen d'un adjuvant chimique adapt&#233;, ou d'une machinerie &#224; r&#234;ves con&#231;ue &#224; cet effet. La force des personnes fragiles, envahies par une sub-r&#233;alit&#233; si &#233;puisante que toute leur &#233;nergie passe parfois &#224; la confronter, r&#233;side en leur obligation structurelle de supporter et d'absorber les terreurs qui la peuplent, tout en exp&#233;rimentant le caract&#232;re fonci&#232;rement intransmissible de chaque r&#233;alit&#233; singuli&#232;re. Ce destin, leur r&#244;le au sein de la soci&#233;t&#233; devient tragique si cette derni&#232;re, par son organisation m&#234;me, les rejette et accentue leur perturbation en &#233;tant incapable de comprendre ce qu'elles endurent, &#224; quoi elles survivent en direct, et qui nous touche tous indirectement. Pire, la modernit&#233; technoscientifique d&#233;cuple la d&#233;tresse de ces v&#233;cus et leur profonde solitude en augmentant l'&#233;paisseur du voile pr&#233;sent&#233; comme transparent, le niveau de prestidigitation, et en &#233;rigeant son mensonge comme v&#233;rit&#233; uniforme, inhospitali&#232;re &#224; toute int&#233;riorit&#233; ; alors que d&#233;voil&#233;e cette soci&#233;t&#233; demeure celle o&#249; grandit, dans toutes ses couches, &lt;i&gt;un sentiment de faiblesse, de tristesse et d'impuissance&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La v&#233;rit&#233; avant-derni&#232;re, p. 138.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, o&#249; chacun fini perdant.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;strong&gt;Comme toute soci&#233;t&#233; n'est en fin de compte qu'un mensonge partag&#233;, le r&#233;flexe face &#224; sa r&#233;v&#233;lation ne doit pas forc&#233;ment mener &#224; s'y abandonner par d&#233;sespoir, mais au besoin &#224; renverser toute illusion carc&#233;rale prescrite pour en fabriquer une plus &#233;mancipatrice, psychique et collective, dans la mesure de l'impossible, dans la d&#233;mesure du possible...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La violence de notre situation ne vient donc pas du caract&#232;re &#233;pais du pr&#233;sent, des multivers probables et donc de l'infinitude des mondes, l'inaccessible de la v&#233;rit&#233;, l'impossibilit&#233; de la relation. L'humanit&#233; a toujours &#233;t&#233; confront&#233; &#224; cela. L'originalit&#233; de Dick se situe dans le d&#233;placement qu'il op&#232;re du probl&#232;me. Le mal-&#234;tre est de vivre dans une soci&#233;t&#233; qui nie la diversit&#233; des r&#233;alit&#233;s simultan&#233;es pour imposer une version exclusive du monde, d&#233;cevante pour ceux-l&#224; m&#234;mes qui en derni&#232;re instance en sont les instigateurs et b&#233;n&#233;ficiaires. Le d&#233;sarroi enfle l&#224; o&#249; la surface visible du pr&#233;sent, fabriqu&#233;e c'est-&#224;-dire manipulable, n'est plus construite pour nous &#233;panouir mais majoritairement nous asservir, avec d&#233;sormais des moyens ahurissants pour le faire &#224; une &#233;chelle in&#233;dite. Certes, nous dit le romancier, l'illusion collective est probablement n&#233;cessaire, accord incontournable sur un langage partag&#233; pour entrer en communication : encore faut-il garder en t&#234;te qu'elle reste une fabrication sociale, artificielle, dont l'objectif premier est de trouver un moyen de vivre au mieux entre nous. Pour faire soci&#233;t&#233;, du commun doit s'halluciner ensemble, et en conscience. Et m&#234;me si nous tombons de mani&#232;re abyssale d'illusion en illusion, si la recherche d'un socle ferme o&#249; se reposer perd de sa pertinence, nous devons apprendre &#224; vivre de nos jours dans un monde o&#249; &lt;i&gt;le vrai et le factice inextricablement li&#233;s&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La v&#233;rit&#233; avant-derni&#232;re, p. 58.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sont difficiles &#224; s&#233;parer, et &#224; survivre demain dans un milieu o&#249; la plupart des fronti&#232;res seront des zones d&#233;sertiques ou floues, entre les intelligences, les &#233;tats, les cultures, les spiritualit&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme toute soci&#233;t&#233; n'est en fin de compte qu'un mensonge partag&#233;, le r&#233;flexe face &#224; sa r&#233;v&#233;lation ne doit pas forc&#233;ment mener &#224; s'y abandonner par d&#233;sespoir, mais au besoin &#224; renverser toute illusion carc&#233;rale prescrite pour en fabriquer une plus &#233;mancipatrice, psychique et collective, dans la mesure de l'impossible, dans la d&#233;mesure du possible : une tricherie sacr&#233;e, une fiction lib&#233;ratrice&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous pouvons entendre la conversion au christianisme de Dick comme la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, o&#249; le maximum de sensibilit&#233;s puisse enfin trouver &#224; s'exprimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relire Dick comme un arch&#233;ologue de l'&#233;paisseur complexe du pr&#233;sent, &#224; la recherche forcen&#233;e du temps d&#233;sarticul&#233;, permet de transcender la proph&#233;tie d&#233;pressive d'une mondanit&#233; tournant &#224; vide, en une incitation active &#224; faire soci&#233;t&#233;, hier comme aujourd'hui, demain comme aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A moins de&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
A moins de croire en une autre r&#233;alit&#233;, qui expliquerait &#233;galement pourquoi nous sommes avec notre &#233;poque de plus en plus dickiens : ne sont-ce pas nos gouvernants qui utilisent depuis plusieurs d&#233;cennies les romans de Philip K. Dick comme sources d'inspiration pour concevoir certains de leurs projets dans le but de mystifier les masses ? Ainsi Dick n'a pas particuli&#232;rement saisi le pr&#233;sent, ni anticip&#233; ou pr&#233;vu un avenir pourtant conforme &#224; ses descriptions ; mais dans sa perception schizo&#239;de et par son imagination d&#233;rang&#233;e expos&#233;es &#224; longueur d'ouvrages, il a au fond sc&#233;naris&#233; et ainsi contamin&#233; le futur, en donnant les id&#233;es les plus folles et les arguments les plus parano&#239;aques &#224; des &#233;lites corrompues, lesquelles ont appliqu&#233;s &lt;i&gt;ces th&#233;ories qui transforment la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Coulez mes larmes, dit le policier, 1970. Traduction M. Deutsch et I. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour non seulement maintenir mais accro&#238;tre sans soif leur pouvoir...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_878 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.avataria.org/spip/IMG/pdf/se_souvenir_du_pre_sent_-_a4.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 135.3 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://www.avataria.org/spip/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779749890' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Version A4
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;T&#233;moignage recueilli dans le documentaire &lt;i&gt;Les mondes de Philip K. Dick&lt;/i&gt; de Y. Coquart et A. Kyrou, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Ma&#238;tre du Haut-Ch&#226;teau&lt;/i&gt;, 1962. Traduction J. Parsons, &#201;ditions J'ai Lu, 1974, p. 169.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Phrase r&#233;p&#233;t&#233;e par Manfred, personnage schizophr&#232;ne du livre &lt;i&gt;Glissement de Temps sur Mars&lt;/i&gt;, qui voit l'autre facette de la r&#233;alit&#233; apparente, dans un inframonde o&#249; tout devient la proie d'une forme de pourrissement, o&#249; tout est corrompu, &lt;i&gt;rong&#233;&lt;/i&gt; par des vers et le Temps.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous pouvons ainsi nous interroger sur le moment exact de l'exp&#233;rience mystique de Dick, qu'il pr&#233;sente comme ayant eu lieu en 1974 : alors qu'il se fait livrer des antalgiques apr&#232;s une intervention chirurgicale sur ses dents, la jeune femme qui sonne &#224; sa porte arbore autour du cou un pendentif en forme de poisson, symbole des premiers chr&#233;tiens - lui dit-elle. &#171; &#192; ce m&#234;me instant, fixant le symbole du poisson et entendant ses mots, je fis l'exp&#233;rience soudaine de ce qu'on appelle, comme je l'ai appris plus tard, l'anamn&#232;se, un mot grec signifiant litt&#233;ralement &#171; perte de l'oubli &#187;. Je me rem&#233;morais qui j'&#233;tais et o&#249; j'&#233;tais. En un instant, en un clin d'&#339;il, tout me revint. Et non seulement je pouvais m'en souvenir, mais j'&#233;tais capable de tout visualiser. La jeune femme &#233;tait une chr&#233;tienne vivant dans la clandestinit&#233;, tout comme moi, sous la menace constante d'&#234;tre reconnue par les Romains. Nous communiquions au moyen de signaux cod&#233;s. Elle venait de me dire tout cela, et c'&#233;tait vrai. &#187; (&#034;Comment construire un univers qui ne s'effondre pas deux jours plus tard&#034;, 1978, in &lt;i&gt;Si ce monde vous d&#233;pla&#238;t&#8230;&lt;/i&gt; et autres &#233;crits. Traduction C. Wall-Romana, &#201;ditions de l'&#201;clat, Paris 1998, pp. 209-210 &#8211; Sur cet &#233;pisode, voir &#233;galement &lt;i&gt;l'Ex&#233;g&#232;se, vol. 1&lt;/i&gt;, p. 107 ; &lt;i&gt;SIVA&lt;/i&gt;, pp. 161-162 ; ou le chapitre 14 de &lt;i&gt;Radio Libre Albemuth&lt;/i&gt;). On ne peut qu'&#234;tre surpris de la similitude entre l'exp&#233;rience de Tagomi &#233;crite en 1962 dans &lt;i&gt;Le Ma&#238;tre du Haut Ch&#226;teau&lt;/i&gt; et ce que vit Dick en 1974, non dans son contenu mais dans son processus. Le d&#233;clencheur de ces deux exp&#233;riences reste la vision d'un pendentif, qui provoque le passage vers une autre r&#233;alit&#233;, et une r&#233;v&#233;lation. A se demander si ce qu'il pr&#233;sente comme s'&#233;tant d&#233;roul&#233; en 1974, il ne l'a v&#233;cu plusieurs fois, sous d'autres formes pass&#233;es et &#224; venir, comme un &#233;ternel retour ; ou si les romans de Dick, produits de son imagination, ont contamin&#233; le r&#233;el de Dick et sa capacit&#233; &#224; y demeurer. Quoi qu'il en soit, il montre ainsi le caract&#232;re viral de la pens&#233;e de type schizo&#239;de, ou celui de la litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nicolas Nova, dans &lt;i&gt;Futurs. La panne des imaginaires technologiques&lt;/i&gt; (&#201;ditions Les moutons &#233;lectriques, Mont&#233;limar 2014), explique le manque de dynamisme de la litt&#233;rature de SF aujourd'hui en &#233;voquant la fin de la croyance en une technique capable de lib&#233;rer l'humanit&#233; (pas d'avenir pour l'avenir), les flops technologiques, ou le fait que la plupart des pr&#233;dictions de la science-fiction se sont r&#233;v&#233;l&#233;es fausses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Ex&#233;g&#232;se de Philip K. Dick&lt;/i&gt;, 2011. Traduction H&#233;l&#232;ne Collon, &#201;ditions J'ai Lu, Paris 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La v&#233;rit&#233; avant-derni&#232;re&lt;/i&gt;, 1964. Traduction A. Dor&#233;mieux, &#201;ditions Robert Laffont, Paris 1974, p. 269.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Radio Libre Albemuth&lt;/i&gt;, 1985. Traduction E. Jouanne, &#201;ditions Deno&#235;l, Paris 1987, p. 212.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Ce qu'il faut d&#233;passer, c'est l'erreur de croire que l'hallucination est un ph&#233;nom&#232;ne &lt;i&gt;individuel&lt;/i&gt; &#187;. &lt;i&gt;L'Ex&#233;g&#232;se de Philip K. Dick&lt;/i&gt;, p. 25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Glissement de temps sur Mars, 1964. Traduction H-L. Planchat, &#201;ditions Robert Laffont, Paris 1981, p. 97.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il n'y a rien de nouveau &#224; s'interroger sur l'existence d'une surface illusoire, globale ou partielle, emp&#234;chant notre juste perception du monde. En cela Philip K. Dick rejoint de nombreuses traditions philosophiques ou &#233;sot&#233;riques, de la caverne de Platon aux trois voiles s&#233;parant les quatre sections de l'arbre de vie dans la Kabbale, en passant par la Maya hindouiste. Toutes racontent en somme que la v&#233;rit&#233; est l&#224;, pr&#233;sente, cach&#233;e devant ou derri&#232;re nos yeux, mais peu d'entre nous sommes capables de la percevoir. La v&#233;rit&#233; qu'elles donnent &#224; esp&#233;rer toutefois est rarement aussi trouble et agit&#233;e que celle propos&#233;e par Dick.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Tu conna&#238;tras la v&#233;rit&#233;&#8230; et par elle tu seras encha&#238;n&#233;e &#187;. &lt;i&gt;La v&#233;rit&#233; avant-derni&#232;re&lt;/i&gt;, p. 56.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La v&#233;rit&#233; avant-derni&#232;re&lt;/i&gt;, p. 138.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La v&#233;rit&#233; avant-derni&#232;re&lt;/i&gt;, p. 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous pouvons entendre la conversion au christianisme de Dick comme la red&#233;couverte d'une illusion ou fiction suffisamment bonne et propice pour faire une soci&#233;t&#233; acceptable, &#224; disposition, lui &#233;pargnant ainsi la cr&#233;ation d'une nouvelle cosmogonie vers laquelle sa qu&#234;te spirituelle l'avait dirig&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Coulez mes larmes, dit le policier&lt;/i&gt;, 1970. Traduction M. Deutsch et I. Delord, &#201;ditions Robert Laffont, Paris 1985, p. 142.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>LYDIA LUNCH : Interview par Laurent Zine</title>
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		<dc:date>2004-11-14T09:16:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>dom</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Interview de Lydia Lunch r&#233;alis&#233; par Laurent Zine &#224; l'occasion du festival &lt;a href=&#034;http://www.avataria.org/avatarium04/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;AVATARIUM #6&lt;/a&gt; (19 et 20 nov. 2004) publi&#233; dans le num&#233;ro 98 du mensuel lyonnais culturel gratuit ...491 (traduction Virginie Despentes)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.avataria.org/spip/-RENCONTRES-" rel="directory"&gt;RENCONTRES&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_66 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;43&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.avataria.org/spip/local/cache-vignettes/L290xH434/lydia-0f5bc.jpg?1771366600' width='290' height='434' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;LYDIA LUNCH
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;PHOTOGRAPHIE DE MARC VIAPLANA
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Interview de Lydia Lunch r&#233;alis&#233; par Laurent Zine &#224; l'occasion du festival AVATARIUM #6 (19 et 20 nov. 2004) publi&#233; dans le num&#233;ro 98 du mensuel culturel gratuit ...491&lt;br class='autobr' /&gt;
(traduction Virginie Despentes)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;Lydia Lunch et ses petits d&#233;mons&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Grande pr&#233;tresse de la no wave dans le New York des ann&#233;es 70-80 et f&#233;ministe combattante adepte d'un parler cru sans &#233;quivalent depuis lors ; Lydia Lunch (&amp; Band) revient aujourd'hui en France avec un nouvel album - Smoke in the shadows - aux senteurs &#034;moody jazz&#034;, qui fleure n&#233;anmoins le &#034;spoken word&#034; embras&#233; en mati&#232;re d'extr&#233;misme passionnel. Elle sera donc tr&#232;s attendue avec H&#233;liogabale, Yokohama Zen Rocks, Aka 42 et consorts, lors de la 6i&#232;me &#233;dition du festival Avatarium qui se tiendra les 19 et 20 novembre au mus&#233;e de la Mine de Saint-Etienne.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LZ : Consid&#232;res tu toujours ton microphone comme l'arme absolue... une arme de destruction massive des id&#233;es re&#231;ues ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;LL : Absoluement, c'est une arme contre la suffisance... Un outil amplificateur dont je me sers quand je pratique l'art d'hypnotiser les masses ! Une extension chrom&#233;e, un filtre d'argent au bout de ma langue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle que soit la forme artistique que prend ton travail, il semble que tu utilises syst&#233;matiquement la r&#233;alit&#233; comme mati&#232;re premi&#232;re.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;La r&#233;alit&#233; est &#224; mon sens beaucoup plus hideuse, hilarante et r&#233;pugnante que la fiction. Je raconte alors simplement la r&#233;alit&#233; comme je la vis, aussi perverse soit elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Continues tu &#224; &#034;te lac&#233;rer avec les souvenirs&#034; ou te sens tu plus en paix aujourd'hui avec le pass&#233;, m&#234;me incestueux, voire le futur qui sait ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Je me sens effectivement plus en paix, d'autant que le monde qui m'entoure, lui, est toujours plus en guerre. L'information circule enfin rapidement gr&#226;ce aux nouvelles technologies et nous dit la v&#233;rit&#233; concernant ce virus qu'est le patriarcat et la brutalit&#233; assassine qui l'accompagne... et cela fait plus de 20 ans que j'enrage contre cette merde. Quant &#224; mes propres souvenirs, on peut arriver &#224; purger de son syst&#232;me personnel tous les traumatismes, mais le corps ne permet jamais d'oublier ses propres cicatrices, c'est une sorte de m&#233;moire mol&#233;culaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour revenir &#224; Smoke in the shadows, pourrait-on dire de cet album qu'il s'agit d'un nouvel &#233;pisode de lamentation autobiographique sur la nature destructrice de la passion extr&#232;me ? Comme tu avais toi m&#234;me baptis&#233; l'installation que tu as pr&#233;sent&#233;e cette ann&#233;e en Angleterre.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Je ne connais que &#231;a... et je n'ai aucun int&#233;r&#234;t &#224; travestir la r&#233;alit&#233; en fiction. Il y a le Top 50 pour &#231;a. Il y a aussi l'industrie du divertissement et le monde des c&#233;l&#233;brit&#233;s qui y arrivent parfaitement. Moi au contraire je dois chanter, crier, murmurer, ronronner aussi... et d&#233;gueuler mes tripes &#224; la face de ceux qui voient en moi une soeur pleine de compassion, une m&#232;re, une fille ou un enfant ; quelqu'un qui s'adresse &#224; eux en toute franchise, une sorci&#232;re qui comprendrait leurs angoisses, qui essaie constamment de trouver non pas une solution, mais la voie du salut par la r&#233;deption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as dit un jour que ton &#034;objectif avou&#233; &#233;tait la satisfaction et que la satisfaction de soi-m&#234;me constituait la rebellion ultime...&#034; (Pez Ner, novembre 97)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Tant que l'individu n'aura pas trouv&#233; la satisfaction en lui-m&#234;me, il ne connaitra que la frustration avec les autres et avec tout le reste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A propos de l'un de tes textes, &#034;What is love without the pain ?&#034;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;L'amour sans la souffrance : est ce seulement possible ? Que pourrait on apprendre de l'amour, que pourrait on en retirer, qu'aurait on ensuite &#224; donner, si &#231;a ne faisait pas mal, si l'on ne se br&#251;lait pas les doigts...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peux tu nous en dire plus sur &#034;The minus Man&#034; (titre extrait de l'album)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est l'histoire d'un tueur sympathique... et c'est tir&#233; d'un livre et d'un film du m&#234;me nom. Il n'est jamais violent, il plonge ses victimes dans un sommeil profond. Une tr&#232;s belle m&#233;ditation sur la folie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel genre de message veux tu aujourd'hui d&#233;livrer aux &#034;femmes et aux enfants d'abord&#034; (Spoken word pr&#233;sent&#233; il y a un an) ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Mes soeurs... cette situation est abominable : une atrocit&#233; est commise non seulement contre les femmes et les enfants, mais aussi contre tous les humains qui ne soutiennent pas et ne profitent pas de l'industrie de l'armement. Dans cette folie, voila qu'il faut trouver un endroit s&#251;r, o&#249; vous et les votres serez prot&#233;g&#233;s. Mais il faut &#233;galement se rebeller en prenant du plaisir, ne pas laisser votre vie envahie par la peur que ces putains de vampires aiment tant exalter. J'aimerais connaitre le moyen d'enrayer d&#233;finitivement ce virus mais je ne vois que le RENVERSEMENT TOTAL des dictateurs du monde occidental... parce qu'en d&#233;finitive, je n'ai pas de meilleure solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y a-t-il encore des groupes ou des personalit&#233;s qui te surprennent agr&#233;ablement dans l'underground, au niveau des sc&#232;nes punk rock et hardcore ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Je n'ai pas la moindre id&#233;e de ce qui se passe sur les sc&#232;nes punk rock et hardcore. Les gens que j'admire toujours sont Foetus, Karen Finley, Coil, Bjarnes Melgaard, Damien Hirst et Merzbow !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'esprit de la no wave a t-il encore du sens aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;La dissonance aura toujours de l'int&#233;r&#234;t ; se r&#233;volter contre les formules toutes faites et sortir des sentiers battus aura toujours de l'int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y aura bient&#244;t des &#233;lections aux Etats Unis... Consid&#232;res tu tout &#231;a comme une mascarade ou trouveras tu des raisons de voter contre Bush ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;CET HOMME DOIT ABSOLUMENT ETRE ELIMINE PAR TOUS LES MOYENS NECESSAIRES. Il se peut qu'il faille aller plus loin que le vote pour se d&#233;barrasser de lui et des criminels irresponsables qui fourmillent &#224; Kaboul et ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelque chose &#224; nous dire concernant cette prochaine tourn&#233;e baptis&#233;e Fall ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;J'ai h&#226;te de vous s&#233;duire et de vous d&#233;gouter. A bient&#244;t donc mes petits d&#233;mons.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;Laurent Zine + Virginie Despentes pour la traduction&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>HAKIM BEY : Interview par Arno ZOHOU</title>
		<link>http://www.avataria.org/spip/HAKIM-BEY-Interview-par-Arno-ZOHOU</link>
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		<dc:date>2002-11-22T15:41:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>dom</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Interview t&#233;l&#233;phonique de Hakim Bey r&#233;alis&#233; par Arno ZOHOU lors du festival AVATARIUM (CHAOSPHONIES), le 22 Novembre 2002 dans les locaux de Radio Dio (89.5 - St-Etienne)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.avataria.org/spip/-RENCONTRES-" rel="directory"&gt;RENCONTRES&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_67 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.avataria.org/spip/local/cache-vignettes/L280xH419/chaosjj-b2607.jpg?1771366600' width='280' height='419' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;MONTAGE JJ
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Interview t&#233;l&#233;phonique de Hakim Bey r&#233;alis&#233; par Arno ZOHOU lors du festival AVATARIUM (CHAOSPHONIES), le 22 Novembre 2002 dans les locaux de Radio Dio (89.5 - St-Etienne)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La quatri&#232;me &#233;dition du festival AVATARIUM (18-24 novembre 2002) &#233;tait consacr&#233;e au th&#232;me &#034;CHAOSPHONIES&#034;, largement &#034;inspir&#233;&#034; par les travaux de Hakim Bey et plus particuli&#232;rement par son livre &#034;IMMEDIATISM&#034; traduit en fran&#231;ais par &#034;L'ART DU CHAOS&#034;. Nous avons donc d&#233;cid&#233; d'aller &#224; la rencontre de notre &#034;inspiration&#034;. Une interview t&#233;l&#233;phonique a donc &#233;t&#233; organis&#233;e dans les locaux de RADIO DIO. Cette discussion a &#233;t&#233; retransmise sur les ondes de RADIO DIO le 07 Mai 2003&lt;/i&gt; (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hakim BEY aka Peter LAMBORN WILSON est un &#233;crivain activiste am&#233;ricain, &#233;galement reconnu pour ses recherches sur les pirates. On lui doit, entre autres, &#034;TAZ - Zone Autonome Temporaire&#034; (84), &#034;Utopies Pirates&#034; (98), IMMEDIATISM (95), ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interview pr&#233;par&#233; et r&#233;alis&#233; par Agnes CREPET, Salim ZOUARA et ARNAUD CODJO ZOHOU (St-Etienne), documentariste et &#233;crivain &#224; qui l'on doit : &#034;De l'oralit&#233;&#034; (essai, 2002), Histoires de Tasi Hangb&#233; (recueil, 2002) et &#034;Hangb&#233;, Reine oubli&#233;e&#034; (film documentaire, 2002)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AZ : &#034;Nous sommes une association &#224; Saint-etienne et nous avons pr&#233;par&#233; un &#233;v&#232;nement autour du th&#232;me du Chaos.&lt;br class='manualbr' /&gt;Connaissez vous la traduction fran&#231;aise de votre livre &#034;Immediatism&#034; ? Il est sorti il y a quelques ann&#233;es sous le nom &#034;L'art du chaos&#034; (Edition Nautilus). J'ai lu la version anglaise et je ne vois pas le rapport entre les deux titres...&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;HB : Je ne le savais pas, je n'ai pas re&#231;u d'exemplaire. N'est il pas possible de dire &#034;Imm&#233;diastisme&#034; en fran&#231;ais. Cela ne veut il rien dire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Immediatisme peut vouloir dire beaucoup de choses. Ce n'est pas un mot fran&#231;ais, mais un n&#233;ologisme qui ne peut avoir de sens. Je ne sais pas pourquoi ils ne l'ont pas choisi&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Je ne sais pas cela remonte a loin. J'avais lu un livre de Science Fiction quand j'&#233;tais tr&#232;s jeune. Il s'appellait &#034;Agent of Chaos&#034; (Les pionniers du Chaos) de Norman Spinrad. Cela m'avait fait r&#233;fl&#233;chir. Je ne me rappelle rien du livre si ce n'est le titre et l'auteur. On oublie souvent la science fiction. Ce livre ne traitait pas du chaos au sens scientifique. Cette r&#233;f&#233;rence n'est venu que plus tard. Je ne savais rien de tout cela quand j'ai commenc&#233; &#224; &#233;crire sur le chaos. Cet approfondisement correspondra &#224; d'autres rencontres comme R. Abraham (Professeur de Math&#233;matiques &#224; l'Universit&#233; de Californie)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans tout votre travail, il n'y a pas de lien syst&#233;matique, de th&#233;matique &#224; proprement dit sur le chaos ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Non, c'est un th&#232;me que j'ai abord&#233; dans un livre, m&#234;me s'il a structur&#233; l'imagination de beaucoup de gens. Je n'ai pas chang&#233; de fa&#231;on de penser, et contunue &#224; croire qu'il y a beaucoup de choses de valeur dans ce livre. Cela fait maintenant vingt ans...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &#034;IMMEDIATISM&#034;, vous faites un lien entre Chaos et Eros&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Exact, cela vient d'H&#233;siode, le po&#232;te grec. Ils sont quatre : Eros, Chaos, le Terre et la Nuit. La mani&#232;re de penser traditionnelle etait que la r&#233;alit&#233; commence par le chaos, et le d&#233;sir lui donne forme. Et cette forme devient la terre, dans les t&#233;n&#232;bres, c'est &#224; dire avant la lumi&#232;re, avant l'&#233;mergence de ce qu'on pourrait appeler le &#034;logos&#034;, la conscience rationnelle. Avant la conscience, il y a une sorte de cosmologie, ou cosmogonie. Dans un morceau d'Heandel, il y a une section sur la cr&#233;ation o&#249; on retrouve au commencement le chaos. j'aime beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous parlez de d&#233;sir. Est-ce li&#233; &#224; la fa&#231;on dont vous utilisez la po&#233;sie dans vos &#233;crits. Ils ne sont pas r&#233;dig&#233;s comme des textes philosophiques. La forme est tr&#232;s po&#233;tique.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Oui, il y a des ann&#233;es, je parlais avec un ami de la philosophie, et nous nous confessions tous les deux de notre difficult&#233; &#224; lire de la philosophie. Il disait que s'il existait de la v&#233;rit&#233; en ce monde, ce serait plut&#244;t dans la po&#233;sie et non dans la philosophie. Je suis d'accord avec &#231;a. Je ne suis pas grand lecteur de philosophie. J'aime lire des &#233;crits th&#233;oriques, si je peux &#233;tablir une distinction entre philosophie et th&#233;orie. Bref, je lis Nietzsche plus facilement que Kant...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut &#234;tre plus facile &#224; lire mais pas vraiment &#224; comprendre...&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Je ne dis pas que je l'ai compris. J'aime beaucoup aussi les th&#233;ories fran&#231;aises issues des ann&#233;es 70. Par exemple, le situationnisme et le post-situationnisme. Hegel, Kant, Kierkegaard, ... je ne rentre pas dans ces &#233;critures...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce important pour vous d'utiliser une forme po&#233;tique ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Oui, je dirais que la plus grande influence sur moi furent les textes orientaux. Particuli&#232;rement ceux de la Perse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Heidegger fait un lien entre po&#233;sie et technologie. Il dit que l'homme a besoin des deux. Qu'en pensez-vous ? Votre point de vue sur la technologie dans Immediatism n'est pas tr&#232;s clair. Etes vous favorable ou non ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Comme je le dis souvent, vous ne pouvez &#234;tre contre la technologie ou la technique, prise dans le sens du mot grec techn&#233;. Technologie, c'est autre chose, comme le &#034;logos&#034; de la &#034;techn&#233;&#034;, la conscience rationnelle de la &#034;techn&#233;&#034;. Comment d&#233;finir l'homme sinon comme l'animal qui poss&#232;de une &#034;techn&#233;&#034;. Il y a toujours de la &#034;techn&#233;&#034; dans ce que nous appelons aujourd'hui technologie. Mais si l'on parle sp&#233;cifiquement de ce &#034;logos&#034; de la &#034;techn&#233;&#034;, qui est n&#233; au XVIIIe si&#232;cle, c'est autre chose. La technologie a atteint une supr&#233;matie sur tout, que rien ne peut contester. Donc, nous pouvons dire que nous avons besoin de technologie et de po&#233;sie, voire d'attaquer la technologie du point de vue de la po&#233;sie. Les mots grecs &#034;po&#239;esis&#034; et &#034;techn&#233;&#034; sont assez proches, tr&#232;s li&#233;s, pas les termes po&#233;sie et technologie. Cela me pose un probl&#232;me de voir ce qu'est devenue la technologie depuis le XXe si&#232;cle et ceci n'est pas analys&#233; par les &#034;mouvements de droite&#034; (probl&#232;me de bandes, nous devons v&#233;rifier la traduction exacte...) qui sont tr&#232;s pro-technologies, pour le progr&#232;s et ne comprennent pas le d&#233;sastre, la catastrophe que porte la technologie. Nous devons donc repenser les id&#233;es radicales du XIXe et du d&#233;but du XXe, afin d'essayer de peut-&#234;tre comprendre &#224; nouveau la relation entre po&#233;sie et technologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La po&#233;sie est devenue rare dans notre monde et il serait temps de r&#233;introduire de la po&#233;sie dans la technologie ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Oui, je sais que c'est le r&#232;ve de beaucoup d'artistes, surtout ceux qui utilisent les derni&#232;res technologies ; je veux dire l'ordinateur et internet. J'ai des r&#233;serves sur cela. Vous ne pouvez discuter d'automobile ou de t&#233;l&#233;vision sans parler du fait qu'ils affectent profondemment la vie humaine en g&#233;n&#233;ral. Ce n'est pas une question de contenu, mais de forme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour moi, internet n'est qu'un &#034;nouvel &#233;cran&#034;, un autre aspect de la t&#233;l&#233;vision. Bien sur il existe de bonnes choses, mais rarement, seulement comme exceptions qui ne sont pas soutenues par les grandes chaines, pas regard&#233;es par beaucoup de personnes et ont peu d'influence... Internet est vite devenu le parfait miroir du capitalisme global. Pas de fronti&#232;re, l'argent et l'information circulent librement fid&#232;lement aux r&#232;gles du capitalisme. De ce point de vue, les artistes qui pensent utiliser ce nouveau m&#233;dia pour leur cr&#233;ation vont se trouver face &#224; un paradoxe tragique. Il faut consid&#233;rer cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous n'&#234;tes pas de ceux qui soutiennent que la technologie pourrait apporter une forme de libert&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Je dois dire que d'un point de vue historique, je ne suis pas convaincu. On se trouve devant quelque chose de tragique au sens singulier de ce mot. Des hommes avec les meilleures intentions, les plus h&#233;ro&#239;ques et morales, se trouvent parfois dans des situations qui se terminent tragiquement. Cela doit &#234;tre consid&#233;r&#233; dans cette atmosph&#232;re d'optimisme b&#233;at pour la technologie. Ou est l'intelligence critique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-&#234;tre que la po&#233;sie est une forme de critique ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il se peut qu'il y ait une telle dialectique l&#224;. Je n'en suis pas s&#251;r. Pour moi dans la po&#233;sie, pas la &#034;poi&#233;sis&#034; pour &#234;tre pr&#233;cis, je ne vois pas d'engagement fort dans la dialectique de ce que nous d&#233;signons comme technologie, oppression, globalisation, tout ce qui nous contraint. J'aimerais qu'elle puisse faire mieux. Cela pose le probl&#232;me de l'&#233;crit po&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que votre &#233;criture s'apparente &#224; un jeu, un travail ou une n&#233;cessit&#233; ? Qui lit vos livres si ce n'est &#034;l'homme occidental cultiv&#233;&#034; ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Je suis heureux de pouvoir dire que mon livre &#034;TAZ - Zones Autonomes Temporaires&#034; vient juste d'&#234;tre traduit en turc et en japonais, mais malheureusement pas ailleurs en Orient... J'aurais voulu qu'il soit traduit en perse et en arabe. G&#233;n&#233;ralement, quel que soit ce que j'&#233;cris, ce sont de jeunes blancs qui lisent mes livres. Je ne sais si cela est de ma faute ? Mais, je reste &#233;tonn&#233; qu'un livre &#233;crit il y a vingt ans continue encore &#224; &#234;tre lu par de jeunes gens. Il y a des personnes de seize ou dix-sept ans qui le lisent et le trouvent moderne ! Pour moi, il est d&#233;j&#224; ancien...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De moins en moins de gens lisent aujourd'hui. Faites vous des interventions orales (conf&#233;rences) afin de transmettre votre travail ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;J'en faisait souvent dans les annn&#233;es 90. J'ai un peu cess&#233; maintenant. Je suis all&#233; en Europe deux ou trois fois par an durant quinze ans ! Je dois dire que je me sens physiquement &#233;puis&#233; par cela. Certes, dans un sens, je crois &#224; la n&#233;cessit&#233; de l'oralit&#233;. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, je ne voudrais pas devenir le type &#034;com&#233;dien mal pay&#233;&#034;. Donc, maintenant, je me concentre sur l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment appliquez vous dans le quotidien, les intuitions d&#233;velopp&#233;es dans votre travail ? Je veux dire &#034;l'imm&#233;diatisme&#034; et les petits groupes d'action dont vous parlez ?.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Sp&#233;cialement dans ce livre, j'essaie de donner des id&#233;es d'exp&#233;rimentations. Je sais que certains ont essay&#233; d'appliquer ces id&#233;es et ont eu plaisir &#224; le faire. Je peux au moins revendiquer cela. Ce qui serait interessant pour moi, serait un mouvement artistique, loin de la technologie dure, dans une forme imm&#233;diate, proche d'une pr&#233;sence physique, d'une performance live, d'un travail collectif et surtout un travail sans public. Ce dernier point est tr&#232;s important !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez vous entendu parler de r&#233;sultats, si l'on peut parler ainsi, venant de groupe qui exp&#233;rimente les id&#233;es que vous formulez ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Oui, j'ai quelques retours de temps en temps. Sans vouloir &#234;tre pr&#233;tentieux, ce livre est pass&#233; de mains en mains, d'endroits en endroits.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque ann&#233;e, depuis quinze ans, il y a un festival alternatif dans le d&#233;sert du Nevada : Le Burning Man Festival. Ils contruisent un immense personnage assez horrible et l'enflamment. Cet &#233;v&#232;nement est compl&#232;tement &#034;non-officiel&#034;, non support&#233; par les compagnies ni reconnu par les gouvernants. Pourtant, chaque ann&#233;e, des hordes de gens &#034;barr&#233;s&#034; se rendent dans le d&#233;sert pour ce festival. Certaines personnes qui ont cr&#233;e cet &#233;v&#232;nement ont &#233;t&#233; influenc&#233;es par mon livre. Il existe donc certaines influences indirectes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Continuez-vous &#224; penser qu'une autre fa&#231;on de vivre est possible ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Je l'esp&#232;re et j'estime qu'il est indispensable d'essayer. Je suis pr&#233;occup&#233; par le fait que beaucoup de jeunes personnes cr&#233;atives et intelligentes semblent capituler. Ils se plaignent de la globalisation, mais dans leur vie, ils ne font rien. Je parle des Etats Unis bien sur. Tant de gens entour&#233;s de gadgets, de machines, ... et qui se plaignent d'&#234;tre ali&#233;n&#233;s. ce n'est pas logique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n'est pas si diff&#233;rent en Europe...&lt;br class='manualbr' /&gt;J'aimerais vous poser une question sur la transmission. Dans &#034;IMMEDIATISM&#034;, vous ne semblez pas pr&#233;occup&#233; par la question de la transmission mais plut&#244;t par celle du moment ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Vous parlez de la transmission entre le pass&#233; et moi ou moi et le futur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les deux, mais plus g&#233;n&#233;ralement la transmission entre les gens, les g&#233;n&#233;rations, entre un parent et un enfant, entre un &#233;crivain et son lecteur, la transmission d'une connaissance. Vous semblez &#234;tre plus pr&#233;occup&#233; par le moment. Et, cette id&#233;e d'eternel pr&#233;sent semble &#234;tre tr&#232;s am&#233;ricaine.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Peut &#234;tre. Dans &#034;IMMEDIATISM&#034;, j'essaie d'&#234;tre pratique et donne des id&#233;es &#224; exp&#233;rimenter. Je ne dis rien des r&#233;f&#233;rences. Cependant, si vous regardez mon livre &#034;TAZ&#034;, vous verrez que bien des figures du pass&#233; sont obsessionnelles. Croyez moi, je ne revendiquerais pas le fait d'&#234;tre am&#233;ricain dans ce sens. Je crois aux anc&#234;tres. Je crois aux origines et aux anc&#234;tres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est tr&#232;s important en effet. Cela d&#233;pend quoi qu'il en soit de la mani&#232;re de prendre le mot &#034;moment&#034;. Cela peut &#234;tre dans un sens plus oriental, l'instant, ou plus occidental, l'eternel pr&#233;sent.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Je crois voir ce que vous voulez dire et je souhaite l'avoir utilis&#233; dans un sens plus oriental. mais &#233;videmment je ne peux &#233;chapper &#224; ce que je suis...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est vrai ! A c&#244;t&#233; de cette question, j'aurais voulu aborder le th&#232;me du myst&#232;re. Car vous &#234;tes quelqu'un d'assez secret. Vous n'aimez pas beaucoup appara&#238;tre. Dans quel sens le myst&#232;re vous aide t'il &#224; maintenir votre personnalit&#233; et propager votre propos.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans un sens, c'est strat&#233;gique ! J'ai toujours pens&#233; que ce qui &#233;tait entour&#233; de myst&#232;re &#233;tait plus attirant, plus d&#233;sirable. C'est aussi une position personnelle, car j'appr&#233;cie peu la publicit&#233;, la c&#233;l&#233;brit&#233; ou la gloire : qu'importe ! A un niveau plus philosophique, dans un temps ou l'on est si obs&#233;d&#233; par la transparence totale de l'information et l'universelle extase de la communication, une part sombre peut &#234;tre tr&#232;s sensuelle : une part de t&#233;n&#232;bres, des trous noirs, des secrets, des monast&#232;res cach&#233;s, ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous devons revendiquer un c&#244;t&#233; sombre, une part d'ombre. Ce droit au myst&#232;re n'est il pas en contradiction avec une culture populaire ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Pas n&#233;cessairement, non, car la vie quotidienne est le plus grand myst&#232;re pour chacun. C'est certainement en contradiction avec une culture populaire entendue comme une culture commerciale tourn&#233;e vers le trop de lumi&#232;re, sans ombre. C'est une pens&#233;e qui vient aussi de penseurs francais comme Lefevre ou Debord : la vie quotidienne est le lieu de la r&#233;sistance secr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je suis tr&#232;s sensible &#224; votre id&#233;e de soci&#233;t&#233; secr&#232;te. Je fais des films en Afrique, au B&#233;nin, o&#249; il existe encore de nombreuses initiations &#224; des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes. Et, les personnes qui y participent appartiennent en particulier aux couches les moins favoris&#233;es de la population. Cela tendrait &#224; montrer que ces soci&#233;t&#233;s, loin d'&#234;tre des cercles &#233;litistes, seraient en fait aussi pour ceux qui n'ont rien.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Sp&#233;cifiquement pour ceux qui n'ont rien. Cela &#224; toujours &#233;t&#233; ainsi, si on remonte &#224; l'Age de Pierre ou aux soci&#233;t&#233;s tribales. Aujourd'hui, les soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes pr&#233;servent les coutumes non hi&#233;ratiques de ces soci&#233;tes. Les soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes ne disparaissent pas avec l'apparition de l'Etat. Elles jouent un r&#244;le diff&#233;rent. Au lieu d'&#234;tre repr&#233;sentatives d'une soci&#233;t&#233; non hi&#233;ratique, elles deviennent les envahisseurs, les critiques des soci&#233;tes hi&#233;ratiques, de l'Etat et de son organisation en classes. J'ai &#233;crit des choses l&#224;-dessus dans mon travail sur les chinois &#034;Tongs&#034; et leur fa&#231;on de r&#233;sister. L'imagination, au coeur de cette r&#233;sistance est pass&#233;e par cette forme de soci&#233;t&#233; secr&#232;te. Je pourrais mentionner le travail de Georges BATAILLE ou de Roger CAILLOIS sur ces sujets. Ils m'ont influenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ainsi, le myst&#232;re peut &#234;tre un pouvoir et m&#234;me une autre mani&#232;re de r&#233;sister ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Je le pense aussi. M&#234;me s'il existe d'autres moyens...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela se passe ainsi en Afrique o&#249; je vais souvent&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;En effet. Vous pouvez trouver en Afrique des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes encore tr&#232;s vivantes et tr&#232;s actives. Certaines dans un but n&#233;gatif et pour le pouvoir mais d'autres pour aider les gens, ou un &#233;trange m&#233;lange des deux...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est souvent les deux. Mais si vous rencontrez les bonnes personnes, elles savent pourquoi elles perp&#233;tuent leurs traditions. Y a t'il possibilit&#233; de trouver aux Etats Unis de tels groupes de gens, qui essaient de r&#233;sister &#224; travers cette mani&#232;re de vivre ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Je lisais aujourd'hui la revue du groupe &#034;Earth First Group&#034;, une formation radicale d'&#233;cologistes et d'activistes dont certains forment une organisation secr&#232;te appel&#233; &#034;Earth Liberation Front&#034;. Je lisais cela aujourd'hui et votre question me les a rappel&#233;. Ils communiquent par internet mais seulement avec un syst&#232;me de cryptage. Ils ont r&#233;alis&#233; des actions de sabotage, comme bruler des laboratoires consacr&#233;s aux animaux ou aux modifications g&#233;n&#233;tiques. Ils ont beaucoup de probl&#232;mes et sont accus&#233;s de terrorisme. Donc, cette tradition continue &#224; exister. Et, c'est pour moi la m&#234;me tradition, m&#234;me si la transmission est cass&#233;e. Car les gens font le rapprochement au travers de leur imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut &#234;tre que cela risque de devenir important dans le si&#232;cle en cours : un retour &#224; cette mani&#232;re de vivre en petits groupes ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Je pense que cela est possible, car c'est la seule mani&#232;re de s'organiser contre &#034;la b&#234;te&#034; qui a toujours tenter d'&#233;radiquer les groupes et soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes. Margaret TATCHER disait : &#034;il n'y a rien de tel que l'on nomme soci&#233;t&#233; !!&#034; Le but du globalisme est d'&#233;liminer &#034;la soci&#233;t&#233;&#034; &#224; tous les niveaux et la remplacer par une relation directe entre le consommateur et le producteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous restez optimiste en un sens ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Comme je l'ai dit : enti&#232;rement pessimiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment concevez vous votre image de leader de la contre culture ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;J'essaie de d&#233;courager cela. Voici le probl&#232;me : vous &#233;crivez un livre qui dit que chacun doit cr&#233;er sa propre libert&#233; et, soudain, vous devenez un leader !!! Ca ne peut pas marcher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est le probl&#232;me de vouloir &#233;diter&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Oui, c'est le probl&#232;me d'&#234;tre cr&#233;atif dans une soci&#233;t&#233; tourn&#233;e vers la consommation. Et d'un coup, les id&#233;es sur les moyens de r&#233;sister deviennent une commodit&#233; parmi les commodit&#233;s. Quand je suis trait&#233; comme cela, j'ai l'impression d'&#234;tre &#224; la t&#233;l&#233;vision. Cela m'est difficile. La meilleure chose que quelqu'un puisse faire serait de br&#251;ler mon livre !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>DANIEL DE ROULET : Manhattan, Zone Autonome Temporaire</title>
		<link>http://www.avataria.org/spip/DANIEL-DE-ROULET-Manhattan-Zone-Autonome-Temporaire</link>
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		<dc:date>2001-11-18T16:06:00Z</dc:date>
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		<description>&lt;p&gt;Proche d'Hakim Bey, Daniel de ROULET est un &#233;crivain suisse impliqu&#233; et reconnu ainsi qu'un informaticien qui se d&#233;finit lui m&#234;me comme &#034;d&#233;formateur romancier&#034;. Il a r&#233;dig&#233; ce texte peu de temps apr&#232;s un voyage &#224; New York encore &#233;cras&#233;e sous le choc des attentats du 11.09.01 et l'a pr&#233;sent&#233; au public du festival AVATARIUM le 18.11.01&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.avataria.org/spip/-RENCONTRES-" rel="directory"&gt;RENCONTRES&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_68 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;44&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.avataria.org/spip/local/cache-vignettes/L369xH262/arnodom-0efd3.jpg?1771366600' width='369' height='262' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;PHOTO : A. MARTHELEUR - NYC - JUILLET 1997
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Manhattan, Zone Autonome Temporaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel de Roulet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Proche d'Hakim Bey, Daniel de ROULET est un &#233;crivain suisse impliqu&#233; et reconnu ainsi qu'un informaticien qui se d&#233;finit lui m&#234;me comme &#034;d&#233;formateur romancier&#034;. Il a r&#233;dig&#233; ce texte peu de temps apr&#232;s un voyage &#224; New York encore &#233;cras&#233;e sous le choc des attentats du 11.09.01 et l'a pr&#233;sent&#233; au public du festival AVATARIUM le 18.11.01&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Il existe une th&#233;orie politique simple qui pr&#233;tend que toute r&#233;volution est d&#233;sormais impossible face &#224; la domination du march&#233; sur nos vies. Ne nous resterait que la perspective de zones autonomes temporaires. Ainsi du temps des pirates, s'&#233;taient constitu&#233;es de par le monde des r&#233;publiques autonomes, des &#238;lots de libert&#233;, &#233;galitaires mais temporaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les TAZ (temporary autonomous zones) seraient notre dernier espoir, quelques moments de bonheur grappill&#233;s contre l'&#233;tranglement du monde. Ces zones meurent et naissent non pas &#224; l'autre bout du monde dans des communaut&#233;s du sud ou apr&#232;s des &#233;lections libres dans les anciens pays communistes, mais de pr&#233;f&#233;rence dans les endroits o&#249; le contr&#244;le social semble &#224; son paroxysme : dans les grandes villes de l'h&#233;misph&#232;re nord, &#224; deux pas des centres du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques temps je me demandais si les TAZ de New York avaient surv&#233;cu &#224; l'&#233;croulement des tours jumelles. Je lisais ce qu'en disaient les voix alternatives sur Internet ou les auteurs c&#233;l&#232;bres dans le New Yorker. L'espace autonome me semblait si &#233;touff&#233; que j'ai d&#233;cid&#233; d'en juger par mes propres yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis parti pour New York sur un coup de t&#234;te J'essayais depuis presque deux mois de me vider la t&#234;te de ces &#233;crans o&#249; un Boeing percute un gratte-ciel, puis un autre Boeing encore, et un autre gratte-ciel. Images en boucle qui mena&#231;aient d'effacer le vrai Manhattan que je portais au fond du c&#339;ur pour y avoir habit&#233; longuement il y a dix ans. Pour moi Manhattan c'&#233;tait d'abord Thomkins Square pendant l'&#233;t&#233;, les concerts gratuits &#224; Central Park et le mouvement des jardins potagers dans Lower East Side. Ce n'&#233;tait ni l'Empire State Building ni les tours jumelles, mais les espaces r&#233;appropri&#233;s, les zones autonomes temporaires occup&#233;es sauvagement par des gens qui n'ont rien &#224; voir avec le bon ordre qui r&#232;gne &#224; la pointe sud de la presqu'&#238;le. Or, vu d'Europe, je ne r&#233;ussissais plus &#224; imaginer Manhattan autrement que confisqu&#233; dans le viseur des m&#233;dias dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai t&#233;l&#233;phon&#233; &#224; l'a&#233;roport, tous les avions &#233;taient vides et les places offertes &#224; des prix d&#233;risoires. Le lendemain matin j'embarque, emportant un petit sac &#224; dos avec une chemise, une trousse de toilette et la liste des num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone de mes amis. Dans l'avion, autant d'h&#244;tesses que de passagers. On dirait un vaisseau fant&#244;me pendant huit heures au-dessus de l'Atlantique. On dirait une zone autonome temporaire, un navire arraisonn&#233; par des pirates qui en auraient lib&#233;r&#233; les esclaves avant de le renvoyer &#224; ses ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'a&#233;roport JFK est tout aussi d&#233;sert. Vide le grand hall de l'&#233;migration o&#249; il m'est arriv&#233; de faire la queue pendant de nombreuses heures. Dix minutes apr&#232;s l'atterrissage je suis assis dans le bus B16 qui traverse les quartiers pauvres de Brooklyn.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, c'est aussi simple que &#231;a, un coup de t&#234;te. On se dit : il va falloir se rendre l&#224;-bas pour &#233;vacuer ce trop plein de virtuel et le lendemain on est assis l&#224;, dans le soleil d'un automne indien. Le ciel n'a pas un nuage, le bus traverse des banlieues noires, des femmes ob&#232;ses rient entre elles de cette voix gutturale qu'ont les chanteuses de blues. Elles semblent insouciantes, parlent de leurs achats. A chaque arr&#234;t, les &#233;coliers se bousculent pour pr&#233;senter leur carte magn&#233;tique &#224; l'automate, sous l'&#339;il paternel d'un chauffeur dont l'ob&#233;sit&#233; aurait besoin d'un double si&#232;ge. Pas un Blanc en vue, ni dans le bus ni par la fen&#234;tre. La route est d&#233;fonc&#233;e, le bus contourne les plus grosses orni&#232;res, une &#233;coli&#232;re me demande l'heure, veut savoir o&#249; j'ai achet&#233; ma montre &#224; l'ancienne. Et voil&#224;, je suis en Am&#233;rique, personne n'a ma couleur de peau et pourtant je me sens chez moi. Une bouff&#233;e de sympathie sans raison au milieu du ghetto. Sur les murs borgnes fleurissent d'&#233;normes peintures murales aux couleurs psych&#233;d&#233;liques. Elle est loin, la guerre qui vient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terminus de la ligne 1, j'ach&#232;te un abonnement de m&#233;tro non sans avoir fait un brin de causette avec un employ&#233; d&#233;soeuvr&#233; qui me renseigne volontiers sur les changements de parcours dus &#224; la catastrophe du 11 septembre. 911, c'est &#224; la fois le num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone de la police et le jour de la catastrophe September Eleven se dit donc Nine Eleven, non sans un brin d'ironie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque je suis l&#224; pour constater ce qui reste de la silhouette de New York, la meilleure approche me semble &#234;tre le m&#233;tro a&#233;rien qui passe sur Manhattan Bridge. Je pourrais aussi me rendre sur place par au-dessous et d&#233;barquer d'un coup dans le quartier de Wall Street, mais je pr&#233;f&#232;re m'habituer en deux temps. Allons-y doucement. Je guette la silhouette &#224; travers la structure m&#233;tallique du pont. Voil&#224; le Woolsworth, voil&#224; le City Hall et ne voil&#224; plus les tours jumelles. Manque une profondeur, une dimension verticale. Un malaise d'abord diffus, puis un rude pincement, me prennent l'estomac. Une absence annonc&#233;e, mais pire que son annonce. Heureusement la rame plonge &#224; nouveau sous terre. Je dig&#232;re le coup, l'intrusion du r&#233;el &#224; travers toutes ces couches de virtuel tartin&#233;es sur les &#233;crans. Reste le plus p&#233;nible, sortir de la bouche de m&#233;tro, s'approcher de l'endroit. D'&#233;normes projecteurs plus clairs que le jour illuminent la sc&#232;ne, un amas &#233;pouvantable de ferrailles tordues dans une lumi&#232;re hollywoodienne. Je m'approche des grillages recouverts de b&#226;ches qui tiennent &#224; distance les regards directs. Vingt m&#232;tres plus loin, les ruines fument encore. Depuis deux mois. Une lance &#224; incendie arrose les gravats. Une fine poussi&#232;re recouvre m&#234;me les fruits &#233;tal&#233;s d'un primeur. Des hommes d'affaires photographient &#224; la sauvette, de jeunes chinoises vendent des drapeaux am&#233;ricains, une fillette essuie ses larmes, de jeunes chr&#233;tiens distribuent un tract sur papier glac&#233; d&#233;non&#231;ant le Diable. Je reste ahuri, fascin&#233; par l'&#233;chelle de ces structures noircies. Comme des millions de gens qui sont mont&#233;s un jour l&#224;-haut dans le ciel vide, je revis l'effondrement. Je m'&#233;tais habitu&#233; &#224; l'id&#233;e, il faut encore s'habituer &#224; la r&#233;alit&#233;. Voil&#224;, &#231;a vient lentement, je la laisse agir, comme le froid d'une douche qui vous p&#233;n&#232;tre jusqu'aux os et dont on ne se r&#233;chauffe plus. L'endroit est appel&#233; ground zero. C'est ainsi que les militaires nommaient le point d'impact de la bombe atomique, le point &#224; partir duquel mesurer les d&#233;g&#226;ts, l'hypocentre de Nagasaki. Dans le mouvement pacifiste de 1980 les manifestants dessinaient des cercles concentriques &#224; partir des tours jumelles jusque dans l'Iowa pour d&#233;noncer la folie des militaires US. Je poss&#232;de un T-shirt de ces ann&#233;es-l&#224; marqu&#233; ground zero avec un dessin de la plan&#232;te vue des tours jumelles en direction d'Hiroshima.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la nuit tombante, vers six heures, j'arrive chez mon &#233;diteur dont le loft dans un entrep&#244;t de Brooklyn offre l'un des plus m&#233;lancoliques panoramas de Manhattan que je connaisse. Au premier plan, East River et ses ponts d&#233;cor&#233;s de lumi&#232;res puis la silhouette de chaque gratte-ciel, des milliers de points clairs dans le couchant embras&#233;. La r&#233;union du comit&#233; de lecture touche &#224; sa fin. Circulent des bouteilles de bi&#232;re. Je refuse poliment un calumet de la paix qui fait la ronde. La discussion porte sur le prix des assurances de voiture, puis sur un article de revue qui fait la diff&#233;rence entre un style anarchiste et une pratique sociale du m&#234;me nom. Tout le monde rigole en disant pr&#233;f&#233;rer le life-style anarchiste et ses zones autonomes temporaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'&#233;changent les derni&#232;res nouvelles de la vie new-yorkaise. Un pr&#233;sentateur d'une &#233;mission de t&#233;l&#233;vision vient d'&#234;tre licenci&#233; pour avoir racont&#233; le gag suivant : Deux chauffeurs de taxi se rencontrent et comptent les drapeaux am&#233;ricains dont ils ont orn&#233; leurs v&#233;hicules. Celui qui a plac&#233; cinq drapeaux am&#233;ricains &#224; son taxi se f&#226;che contre celui qui n'a que quatre drapeaux et lui dit : &#034;En somme tu n'es qu'un taliban&#034;. Fin de la carri&#232;re du pr&#233;sentateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon &#233;diteur m'emm&#232;ne manger &#224; Manhattan. Nous passons chercher sa femme &#224; son cours de yoga. Depuis 911, elle a doubl&#233; sa dose de culture physique. Le soir elle fait du yoga et le matin elle commence par aller &#224; la piscine avant d'aller &#224; l'universit&#233; o&#249; elle enseigne l'informatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour traverser le pont sur East River, il faut passer un poste de bloc. La voiture est fouill&#233;e &#224; la lampe de poche par des gardes nationaux en treillis. Plane l'ombre d'une guerre non d&#233;clar&#233;e. A dix heures du soir mes h&#244;tes tiennent absolument &#224; me faire visiter une installation d'artiste, une sorte de zone autonome temporaire, &#224; deux pas du lieu de la catastrophe. Nous stationnons pr&#232;s de la dream house dans le quartier financier d&#233;sert En ouvrant la porti&#232;re, l'odeur me cueille par surprise Un l&#233;ger vent s'est lev&#233; qui am&#232;ne une &#233;trange puanteur qui vous prend &#224; la gorge. Je comprends seulement maintenant pourquoi tant de gens portaient un masque blanc autour du cou cet apr&#232;s-midi pr&#232;s de ground zero. Une odeur de moquette br&#251;l&#233;e, m&#234;l&#233;e d'une pestilence de chaire grill&#233;e, du mobilier en feu, des vernis nocifs. A cette heure-ci, les projecteurs sur les d&#233;combres sont encore plus hollywoodiens. Parmi les bras de grues et les pelles m&#233;caniques, on dirait la sc&#232;ne programm&#233;e pour le tournage d'un film de science-fiction. Mais l'odeur p&#233;n&#233;trante annonce la fin de la fiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dream house est install&#233;e dans un appartement lou&#233; par deux artistes au deuxi&#232;me &#233;tage d'un petit immeuble du district financier. Une performance d'avant-garde. A l'entr&#233;e il faut enlever ses souliers, pour mieux enfoncer les pieds dans une moquette rose &#224; longs poils. Les murs blancs refl&#232;tent des lumi&#232;res bleues et roses. De puissants haut-parleurs sort un vrombissement assourdissant comme un r&#233;acteur d'avion. La subtilit&#233; de cette installation r&#233;side dans le m&#233;lange des fr&#233;quences sonores qui semblent se modifier avec le d&#233;placement du spectateur. &#034;Une illusion math&#233;matique&#034;, me fait remarquer l'artiste. Quel r&#234;ve est-ce donc l&#224; ? Il parait bien fade &#224; quelques blocs de cet autre projet nihiliste et fumant, r&#233;alis&#233; grandeur plus que nature. J'apprends que parmi les morts de ground zero se trouvait un artiste jama&#239;cain travaillant dans un atelier au sommet de l'une des tours. Il avait dormi l&#224; au lieu de rentrer chez lui. Son art consistait &#224; repr&#233;senter des Saint-S&#233;bastien dont les fl&#232;ches &#233;taient remplac&#233;es par des avions qui p&#233;n&#233;traient dans la chair du saint. Selon ses amis, l'artiste jama&#239;cain serait mort dans son sommeil. C'est du moins ce qu'ils voudraient croire. Les zones autonomes temporaires sont &#224; ce prix : l'art rattrap&#233; par la mort en direct.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain matin au petit d&#233;jeuner, nous parlons de l'Europe qui s'aligne sur le malheur de l'Am&#233;rique et sur ses va-t-en-guerre. Qu'en sera-t-il dans cinq ans ? Mon &#233;diteur voit l'avenir en couleurs sombres. L'Empire restera en Afghanistan le temps qu'il faudra pour faire tenir tranquille tous les pauvres du monde. Une domination mondiale absolue sous pr&#233;texte de s&#233;curit&#233;. Sa formule : si Mac Donald n'est pas accept&#233;, alors Mac Donald Douglas le secourra. Le marchand de canons &#224; la rescousse du hamburger. Le pessimisme de ce sc&#233;nario me fascine. L'Empire, dit mon &#233;diteur, sera peut-&#234;tre un jour d&#233;mantel&#233; par un autre empire, celui des Chinois intervenant pour s'approprier l'Inde et le Pakistan. Comme je ne suis pas dou&#233; pour la g&#233;opolitique, je me contente de constater qu'un frisson glac&#233; remonte le long de mon dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la soir&#233;e, mon &#233;diteur organise chez lui un d&#238;ner que nous pr&#233;parons d&#232;s le matin. Avec sa femme, son chien et sa grosse voiture &#224; porti&#232;re coulissante nous allons faire les courses chez les commer&#231;ants arabes d'Atlantic Avenue. A l'entr&#233;e de chacun des magasins sont accroch&#233;s des drapeaux am&#233;ricains et autres messages d'adh&#233;sion &#224; l'id&#233;al patriotique. Dessins d'enfants, message d'un client du quartier qui appelle &#224; la solidarit&#233; de tous les Am&#233;ricains &#034;en ces temps difficiles&#034;. Nous achetons tout en grande quantit&#233; comme il est d'usage pour des gens qui ne font leurs courses qu'une fois par mois. Des olives pour tout un hiver, des noix pour dix mille &#233;cureuils gris, du couscous pour une travers&#233;e du d&#233;sert. Plus tard, nous faisons halte chez un marchand de versets coraniques, de djellabas, de calendriers du ramadan et de parfums. Nous restons l&#224; un moment &#224; feuilleter des livres sur l'islam. Au fond de la boutique le pr&#233;sident Bush s'adresse en direct &#224; une soixantaine de chefs d'Etat pour les persuader de participer &#224; sa croisade contre le Mal. Je reste accroch&#233; &#224; l'&#233;cran tout en suivant la sc&#232;ne qui se joue entre la femme de l'&#233;diteur et un riche client barbu qui lui offre un petit flacon de parfum d'huile de concombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle en passe sur ses bras et dans le cou. Dans la voiture nous envahissent les odeurs de l'Orient et on pourrait, gr&#226;ce &#224; la musique, imaginer un troupeau de chameaux broutant sur les rives d'East River.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez le marchand de bi&#232;re, l'ambiance d&#232;s l'entr&#233;e est d'un patriotisme survolt&#233;. Bin Laden en photo est recherch&#233; &#034;mort ou vif&#034;. Mais &#034;vif&#034; est biff&#233;. Nous achetons de la bi&#232;re mexicaine en paquets pour les trois prochains mois. Politiquement, c'est presque correct.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En passant pr&#232;s du si&#232;ge de l'ONU, nous croisons des centaines de policiers dont les plus &#233;tonnants sont ceux qui portent un blouson noir sur lequel leur fonction est imprim&#233;e en jaune, de mani&#232;re aussi visible que possible : Secret services. Les manifestants pacifistes sont parqu&#233;s sous bonne garde entre des barri&#232;res que viennent &#224; peine photographier les m&#233;dias consensuels. Cet enclos repr&#233;sente exactement l'inverse d'un TAZ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir les invit&#233;s montrent une gentillesse &#224; tout &#233;preuve. L'un d'eux remercie l'&#233;tranger que je suis d'&#234;tre venu les voir car, dit-il, &#224; New York on se sent bien seul. Au cours du repas, toutes les demi-heures, quelqu'un s'arrange pour relancer la conversation sur le traumatisme du 911. Chacun remue la sc&#232;ne qui l'habite et le d&#233;chire, chacun la raconte sans doute pour la centi&#232;me fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un &#233;tait en m&#233;tro sur le pont de Williamsburg quand la premi&#232;re tour s'est effondr&#233;e. Le conducteur s'est arr&#234;t&#233;. Un silence s'est fait dans le wagon, puis d'un coup tout le monde s'est mis &#224; hurler. Le conducteur a remis en marche sa rame, l'a enfonc&#233;e &#224; tout allure &#224; l'abri dans le sous-sol de Brooklyn.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre qui travaille dans le cin&#233;ma &#233;tait dans un gratte-ciel qui a &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;. Comme elle s'&#233;tait enfuie, abandonnant son portable, elle s'est soudain ravis&#233;e, est remont&#233;e le chercher C'est alors qu'elle a entendu Bush dire &#224; la t&#233;l&#233; qu'on allait vite &#034;coincer ces types&#034; (those folks) qui avaient fait &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous buvons le sak&#233; offert par une Japonais professeur de litt&#233;rature qui raconte son aventure &#224; lui. Il regardait par la fen&#234;tre, a vu les choses se passer r&#233;ellement. Comme sa t&#233;l&#233; montrait les m&#234;mes images qu'il voyait pour de bon, il a pass&#233; sa matin&#233;e &#224; h&#233;siter entre le commentaire m&#233;diatique et le choc du trop r&#233;el. Encore maintenant, dit-il, je ne sais plus si j'ai vu le deuxi&#232;me avion d'abord par la fen&#234;tre ou sur l'&#233;cran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une soir&#233;e new-yorkaise o&#249; chacun place des r&#233;flexions intelligentes. Mais sous ces brillants commentaires, l'inqui&#233;tude s'annonce d'autant plus vive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un artiste en habit noir fait remarquer avec passion que le 911 a prouv&#233; que l'Etat est d&#233;sormais obsol&#232;te. Les gens, dit-il, savaient parfaitement ce qu'ils avaient &#224; faire. Les uns distribuaient &#224; boire et &#224; manger &#224; ceux qui passaient les ponts, une solidarit&#233; directe sans l'interm&#233;diaire de l'argent. Plus tard, quand l'Etat s'est ressaisi, il n'a r&#233;ussi qu'&#224; semer la pagaille, la haine et l'imb&#233;cillit&#233;. Tous ces gens &#224; pied sur les ponts, c'&#233;tait une exp&#233;rience hors des contingences du salariat. Il dit textuellement : c'&#233;tait une zone autonome temporaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;coute sans avoir rien &#224; dire. Juste apr&#232;s le dessert je passe dans ma chambre, m'&#233;tend sur le lit, assomm&#233; par le fuseau horaire. Quand je me r&#233;veille vers deux heures du matin, les invit&#233;s sont partis et j'entends mon &#233;diteur glousser de plaisir avec sa femme &#224; l'autre extr&#233;mit&#233; du loft.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la baie vitr&#233;e, je reconnais les mille lumi&#232;tres de toutes les tours qui restent, la gracieuse cha&#238;nette des ponts, les lasers de l'arm&#233;e qui surveillent le ciel. De nuit la carie des jumelles se remarque moins. D&#233;sormais l'Empire State Building a repris le dessus, c'est lui qui porte les couleurs de l'Am&#233;rique et redevient le plus arrogant. Pas &#233;tonnant, avec un nom pareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la journ&#233;e, je passe &#224; Union Square. Apr&#232;s 911, les familles des disparus avaient fait de cette place o&#249; Broadway croise la 14e Rue le lieu de leur douleur. Bougies, portraits, fleurs, po&#232;mes s'entassaient le long des grilles sur les statues, les arbres, les bancs. Ici les New Yorkais en deuil demandaient non pas vengeance &#224; tout prix mais le retour de la paix. L'endroit s'&#233;tait soustrait &#224; tout contr&#244;le &#233;tatique. Au d&#233;but, il avait &#233;t&#233; tol&#233;r&#233;, puis l'administration r&#233;publicaine a d&#233;cid&#233; de d&#233;barrasser les symboles pacifistes. De nuit, la police a tout arrach&#233;. Le lendemain la foule a repris ses pratiques de deuil spontan&#233;. Nouvelle intervention polici&#232;re contre la contestation de la guerre. Les pacifistes n'ont pas l&#226;ch&#233; prise. Ils sont l&#224; nuit et jour avec leurs banderoles et ce vieux slogan de la guerre du Vietnam : &#034;Hey, hey, Bush, combien d'enfants as-tu tu&#233; aujourd'hui ?&#034; Mais la foule n'est plus l&#224;. La zone autonome temporaire aura dur&#233; six semaines. Hakim Bey dit : &#034;Babylone prend ses abstractions pour des r&#233;alit&#233;s. C'est &#224; l'int&#233;rieur de cette marge d'erreur que la zone autonome temporaire se met &#224; exister.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir je prends l'avion, il est vide comme un bateau que les pirates renvoient apr&#232;s avoir pill&#233; sa cargaison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel de Roulet&lt;br class='manualbr' /&gt;Saint-Etienne, le 18 novembre 2001&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>TONY OLD'RAT : G&#233;n&#232;se des musiques &#233;lectroniques</title>
		<link>http://www.avataria.org/spip/TONY-OLD-RAT-Genese-des-musiques-electroniques</link>
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		<description>&lt;p&gt;&#034;Les probl&#232;mes artistiques de la musique ne sont pas, ne sont plus d'ordre exclusivement musical, mais avant tout d'ordre social.&#034; (John Cage)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.avataria.org/spip/-RENCONTRES-" rel="directory"&gt;RENCONTRES&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_69 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.avataria.org/spip/local/cache-vignettes/L276xH184/potar-e629c.gif?1771366600' width='276' height='184' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tony OLD'RAT &#233;tait un lecteur avide, passionn&#233; de Musiques. Il a &#233;t&#233; programmateur de l'association Mad's Collectif pendant 5 ans et a co-anim&#233; l'&#233;mission les Mains Expertes sur Radio Dio &#224; Saint-Etienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte original pr&#233;sent&#233; lors d'un atelier &#034;Cultures et Musiques Electroniques&#034; organis&#233; par la Direction D&#233;partementale de la Jeunesse et des Sports de la Loire (DDJS 42) pour des animateurs de centres sociaux en D&#233;cembre 1999.&lt;br class='manualbr' /&gt;Version modifi&#233;e pour la formation &#034;Nouvelles pratiques culturelles : univers techno&#034; organis&#233;e par l'INJEP (Institut National de la Jeunesse et de l'Education Populaire) et les Directions D&#233;partementales de la Jeunesse et de Sports d'Annecy, St.-Etienne et Bourges, les 22, 23, 24 mars 2000 &#224; Marly-le-Roi.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES MUSIQUES ELECTRONIQUES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PREHISTOIRE SUBJECTIVE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
les probl&#232;mes artistiques de la musique ne sont pas, ne sont plus d'ordre exclusivement musical, mais avant tout d'ordre social&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;John CAGE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GENESE MUSICALE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les racines musicales des musiques &#233;lectroniques sont nombreuses, vari&#233;es et parfois paradoxales. Quels peuvent &#234;tre, en effet, les liens pouvant unir les tambours vaudou du B&#233;nin ou d'Ha&#239;ti et, &#034;&lt;i&gt;Ecuatorial&lt;/i&gt;&#034; une composition de Edgar Var&#232;se (dont le texte est extrait du &#034;&lt;i&gt;Popol Vuh&lt;/i&gt;&#034;, livre sacr&#233; des Maya Quich&#233;), quelle est la relation entre John Cage et un Gamelan Balinais, entre Luigi Russolo &#034;&lt;i&gt;futuriste&lt;/i&gt;&#034; du d&#233;but du si&#232;cle, auteur de &#034;&lt;i&gt;l'art des bruits&lt;/i&gt;&#034; (&#034;&lt;i&gt;l'&#233;volution de la musique doit &#234;tre parall&#232;le &#224; celle des machines&lt;/i&gt;&#034;) et la danse de Tazengharaht des touaregs du Hoggar, si la filiation entre Erik Satie et Brian Eno semble couler enfin de source, quelle est la place de groupes europ&#233;ens tels : Can, Kraftwerk, Neu, Cabaret Voltaire, PIL, Throbbing Gristle, Happy Mondays, et celle des Afro-am&#233;ricains : Funkadelic, Parliament, George Clinton, Herbie Hancock, King Tubby, Scratch Lee Perry, Grandmaster Flash et Afrika Bambaataa ? Tous, et beaucoup d'autres, sont impliqu&#233;s, &#224; leur corps d&#233;fendant parfois, (Sampling, &#233;chantillonnage en fran&#231;ais) dans les musiques &#233;lectroniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Schaeffer, inventeur de la musique concr&#232;te avec Pierre Henry, et sp&#233;cialiste des mass-m&#233;dia, peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme le premier Disc-Jockey des Musiques Electroniques. Son &#034;&lt;i&gt;&#233;tude path&#233;tique&lt;/i&gt;&#034; cr&#233;&#233;e le 20 juin 1948 sur &#034;&lt;i&gt;Radio Paris&lt;/i&gt;&#034; reste sans doute un des actes fondateurs des Musiques Electroniques : fragmentation, r&#233;p&#233;tition, transposition, sons &#224; l'envers, sillons ferm&#233;s. Toutes ces techniques sont aujourd'hui utilis&#233;es quotidiennement par les DJ'S du monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
L'incorporation d'&#233;l&#233;ments vocaux me tente depuis tr&#232;s longtemps. Je n'ai pas d'acteurs &#224; ma disposition, encore moins de chanteurs (mais pendant des semaines, je me suis pass&#233; d'ex&#233;cutants) il y a toujours de vieux disques abandonn&#233;s qui tra&#238;nent dans un studio. Celui qui me tombe sous la main contient la pr&#233;cieuse voix de Sacha Guitry &#034;sur tes l&#232;vres ... sur tes l&#232;vres&#034; dit Sacha Guitry. Mais l'enregistrement a &#233;t&#233; interrompu par la toux de la script, ce qui explique que le disque a &#233;t&#233; mis au rebus. Je m'empare de ce disque, je mets sur un autre plateau le rythme fort paisible d'une brave p&#233;niche, puis sur deux autres plateaux, ce qui me tombe sous la main : un disque am&#233;ricain d'accord&#233;on ou d'harmonica, et un disque balinais. Puis exercice de virtuose aux quatre potentiom&#232;tres. La p&#233;niche des canaux de France, l'harmonica am&#233;ricain, les pr&#234;tres de Bali se mettent miraculeusement &#224; ob&#233;ir au dieu des tourne-disques ; ils forment un ensemble savant, m&#233;nager de ses effets ; et quand en alternance, intervient le lancinant &#034;sur tes l&#232;vres ...&#034; entrecoup&#233; de toux, l'auditeur convi&#233; &#224; une premi&#232;re audition s'&#233;tonne &#224; bon droit d'une aussi savante, aussi harmonieuse, aussi d&#233;finitive composition.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;PIERRE SCHAEFFER - IN, PREMIER JOURNAL DE LA MUSIQUE CONCRETE - ED. DU SEUIL.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;TRANSE DES CHAMPS - TRANSE URBAINE - TRANSE ECONOMIQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est de la r&#233;p&#233;tition de figures rythmiques simples que naissent les polyrythmies africaines. Et, c'est l'Afrique pourvoyeuse d'esclaves en direction des Am&#233;riques, qui se trouve &#234;tre au croisement et &#224; la base de toutes les musiques de divertssement (Entertainment ) d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'interdiction faite, aux esclaves noirs d'utiliser leurs tambours et de pratiquer leurs cultes ancestraux, par les propri&#233;taires terriens blancs de l'Am&#233;rique du Nord, et de leur &#233;vang&#233;lisation forc&#233;e, appara&#238;tront les &#034;&lt;i&gt;chants de travail&lt;/i&gt;&#034; (Work songs ) ainsi que les &#034;&lt;i&gt;N&#233;gros Spirituals&lt;/i&gt;&#034; d'o&#249; na&#238;trons le Blues et le Jazz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la deuxi&#232;me guerre mondiale, l'invention du single (disque vinyle de 17cm de diam&#232;tre, tournant &#224; la vitesse de 45 tours par minute, avec une chanson par face) va r&#233;volutionner l'&#233;coute de la musique, et l'industrie musicale. Parall&#232;lement, les technologies &#233;voluent rapidement (guitare &#233;lectrique, magn&#233;tophone, t&#233;l&#233;vision, tourne-disque, etc...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es cinquante sont celles de l'acc&#232;s pour une grande partie des jeunes am&#233;ricains &#224; l'universit&#233; (les GI's de retour de la guerre ont droit &#224; des bourses d'&#233;tudes) et donc &#224; une certaine culture et aussi de par les retomb&#233;es &#233;conomiques de l'apr&#232;s guerre, &#224; la consommation de masse. Mais, ce pays riche a un gros probl&#232;me : sa jeunesse. En 1954, arrive un ph&#233;nom&#232;ne qui va bouleverser cette jeunesse : le Rock'n' Roll. Cette forme de musique existait bien s&#251;r avant cette date, mais faite par des noirs, r&#233;serv&#233;e &#224; un public noir (Race records) et appel&#233;e Rythm &amp; Blues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque des petits malins se mirent dans l'id&#233;e de chercher des chanteurs blancs, pouvant chanter (plus o&#249; moins) comme des noirs, mais acceptables par un public blanc, ils ne savent pas dans quels engrenages ils ont mis les doigts. Fin 54, lorsque para&#238;t sur le march&#233; du disque le premier 45t d'Elvis PRESLEY, c'est l'engouement imm&#233;diat. Des milliers d'exemplaires sont vendus. En 1956, pour &#034;&lt;i&gt;Heartbreak Hotel&lt;/i&gt;&#034;, il vend 1500000 exemplaires ; six mois plus tard, il avait vendu (RCA) 8 millions de disques. L'Am&#233;rique d&#233;couvrait horrifi&#233;e le Rock'n'Roll, mais les hommes d'affaires eux enchant&#233;s d&#233;couvraient le pouvoir d'achat des teenagers (les fameux 15/20 ans), la consommation de masse, le marketing. Le DJ radiophonique devient c&#233;l&#232;bre, (Alan FREED) mais &#233;galement enjeu &#233;conomique (Gr&#226;ce au Rock'n'Roll, l'industrie du disque triplera son chiffre d'affaires en quatre ans : de 213 &#224; 603 millions de dollars...). Toute une partie de la jeunesse blanche se reconna&#238;t dans le Rock'n'Roll et dans la mani&#232;re dont Elvis et les autres sont en bute &#224; la morale de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine puritaine et hypocrite, et si les concerts de Rock'n'Roll commencent souvent par d'hyst&#233;riques hurlements des jeunes filles en transe, ils ont souvent tendance &#224; se terminer en &#233;meutes, tant les frustrations de la jeunesse am&#233;ricaine sont grandes, et la violence sa plus &#233;vidente manifestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les concerts de l'&#233;poque se d&#233;roulant dans des salles, le public assis sur des si&#232;ges, les forces de police investissant les lieux avant les spectateurs, leur pr&#233;sence ne pouvait &#234;tre v&#233;cue que comme une provocation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne transpos&#233; dans la France gaulliste, sur fond de fin de guerre d'Alg&#233;rie, trouve en Johnny Halliday son idole des jeunes et dans les &#034;&lt;i&gt;blousons noirs&lt;/i&gt;&#034; ses rebelles sans cause (l'&#233;meute du concert Place de la Nation le 22 juin 1961 o&#249; 10000 jeunes sont attendus, il en viendra 100000 ; bris de vitrines, pillage, saccage de magasins, affrontements avec la police. Et hyst&#233;rie de la presse aux ordres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre de gigantesques batailles rang&#233;es opposent tous les week-ends, pour moiti&#233; issus de la classe ouvri&#232;re, les rockers (motos, blousons de cuir, bi&#232;res) moiti&#233; issus des classes moyennes, les mod's (Tweeds, parkas, scooters customis&#233;s, amph&#233;tamines), ils ont malgr&#233; tout des choses en commun ; refus des valeurs de leurs parents et v&#233;n&#233;ration pour la musique binaire, Rock'n'Roll pour les rockers, Rythm &amp; Blues pour les mod's. Vers le milieu des ann&#233;es 60, les Beatles mettront tout le monde d'accord, en inventant la Pop Musique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le &#034;&lt;i&gt;swinging London&lt;/i&gt;&#034; de devenir le centre du monde. La promotion devient une technique efficace, et le rock business, s'appuyant sur les discoth&#232;ques, et les stations de radio (et leurs DJ's) vise la conqu&#234;te lucrative des premi&#232;res places des charts (Hit- Parades).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin des sixties, va correspondre la fin des utopies ; la parenth&#232;se de l'int&#233;gration des noirs am&#233;ricains va se fermer sur l'assassinat de Martin Luther King en 1968, et les &#233;v&#232;nements du printemps de la m&#234;me ann&#233;e en Europe, aux Etats-Unis, mais &#233;galement en Am&#233;rique Latine (Mexico) et dans les pays de l'Est (Prague) vont d&#233;placer momentan&#233;ment la transe sur les chemins de la violence politique. Et pendant que les Beatles se s&#233;parent, les Rolling Stones s'auto-proclament plus grand groupe de Rock du monde. Mais, la transe psych&#233;d&#233;lique, d&#233;j&#224; affaiblie &#224; Woodstock, s'arr&#234;te brutalement &#224; Altamont, avec l'assassinat d'un jeune noir par le service d'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps-l&#224;, aux Etats-Unis, s'inspirant des travaux de John CAGE, des musiciens qualifi&#233;s de s&#233;rieux, s'int&#233;ressent aux musiques des autres continents, l'Asie (Inde, Bali), l'Afrique (Hoggar, Ghana, Maroc), etc... Terry RILEY, LA MONTE YOUNG, Philip GLASS, Steve REICH, tous issus du s&#233;rail post-s&#233;riel ont &#233;tudi&#233; ces musiques du bout du monde, s'en inspirant jusqu'&#224; inventer ce qui sera appel&#233; par les critiques les musiques r&#233;p&#233;titives, et qui se montrent les plus proches des musiques &#233;lectroniques. De par l'utilisation des technologies de pointe de l'&#233;poque (orgues &#233;lectroniques, synth&#233;tiseur, mellotron) mais aussi par l'utilisation d'instruments acoustiques (Bongo, Tabla, Balafon, Sitar, etc..) jou&#233;s de mani&#232;re r&#233;p&#233;titive, avec des effets de d&#233;calages progressifs afin d'induire chez l'auditeur un processus hypnotique, et la transe de refaire son apparition. Au d&#233;but des ann&#233;es 70, la transe devient de plus en plus urbaine, et transgressive (le fameux &#034;&lt;i&gt;Sexe, Drogues et Rock'n'Roll&lt;/i&gt;&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les musiciens &#034;&lt;i&gt;r&#233;p&#233;titifs am&#233;ricains&lt;/i&gt;&#034; auront une influence d&#233;terminante sur la vague des musiciens allemands, ce qui a &#233;t&#233; appel&#233; &#224; l'&#233;poque : &#034;&lt;i&gt;Krautrock&lt;/i&gt;&#034; : Can, Tangerine Dream, Neu, ... et Kraftwerk, (inventeurs de l'&#233;l&#233;ctro-pop, admirateurs de K. Stockhausen et de la pop sucr&#233;e des Beach Boys) qui deviendra par la suite une composante majeure pour les DJ's Techno de Detroit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simultan&#233;ment arrive (en 1974) un &#034;&lt;i&gt;ovni musical&lt;/i&gt;&#034;. Alors que le rock sombre dans l'ennuie des solos de guitare interminables, et dans l'exp&#233;rimentation st&#233;rile. La jeunesse n'a plus qu'une envie, danser, faire la f&#234;te : (dans les bo&#238;tes disco, les danseurs vont pour &#234;tre seuls sur la piste... seuls au milieu de la cohue, prot&#233;g&#233;s par les flashs &#233;blouissants des rayons lasers). C'est la &#034;&lt;i&gt;Saturday Night Fever&lt;/i&gt;&#034;... et la disco (Georgio Moroder, Barry White, Donna Summer, etc...) arrive au bon moment. Cette musique simple, voire simpliste, n'est faite que pour danser (&#224; l'image d'un tube de l'&#233;poque &#034;&lt;i&gt;Love to love you baby&lt;/i&gt;&#034; sussur&#233; ad libidum par D. Summer en alternance avec des g&#233;missements non &#233;quivoques...). Bref, la disco sera la deuxi&#232;me composante fondatrice de la House de Detroit, la bo&#238;te de nuit devenant l'endroit de d&#233;foulement et de drague, la transe s'enferme dans les Nights Clubs, o&#249; elle attendra les ann&#233;es 90 pour sortir dans les raves et dans les rues (Gay Pride, NEW YORK. Love parade, BERLIN. Techno parade, PARIS)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin des ann&#233;es 70, la crise devenant omnipr&#233;sente et l'avenir d'une grande partie de la jeunesse anglaise se conjuguant au &#034;&lt;i&gt;No future&lt;/i&gt;&#034; apparu le ph&#233;nom&#232;ne Punk. La transe devient glauque et l'extase plut&#244;t triste et &#034;&lt;i&gt;coll&#233;e&lt;/i&gt;&#034;, mais le principal int&#233;r&#234;t du mouvement punk (qui est une sorte d'insurrection nihiliste contre ses protagonistes m&#234;mes) se trouve dans l'&#233;mergence de centaines de groupes, qui ayant vu les Sex Pistols, Clash, etc... se mirent &#224; faire la m&#234;me chose (cr&#233;er son propre groupe, son label, son fanzine, ses studios d'enregistrement, circuits de distributions, etc...) inventant une contre-culture vivante, et compl&#232;tement en dehors du syst&#232;me marchand. C'est cette id&#233;e du &#034;&lt;i&gt;Do it yourself&lt;/i&gt;&#034; que l'on retrouvera plus tard dans la techno (le bras d'honneur et l'esprit situationniste en moins). Les &#034;&lt;i&gt;Majors Compagnies&lt;/i&gt;&#034; mettront plus d'un an pour r&#233;cup&#233;rer le mouvement, en signant &#224; tour de bras des groupes pourvu qu'ils ressemblent &#224; des punks de plus en plus pr&#233;sentables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ann&#233;es-l&#224; verront aussi l'&#233;mergence d'un concept qui reprend &#224; son compte, les id&#233;es de Russolo, sur l'ad&#233;quation entre musique et machines. Les groupes Throbbing Gristle et Cabaret Voltaire inventent la &#034;&lt;i&gt;musique industrielle&lt;/i&gt;&#034; (&#034;&lt;i&gt;industrial music for industrial people&lt;/i&gt;&#034;). La musique semble sortie d'une forge, les synth&#233;tiseurs &#233;ructent, la guitare est en perp&#233;tuel larsen, les bo&#238;tes &#224; rythmes chaotiques et les voix, vocod&#233;es. Autant d'&#233;l&#233;ments que l'on retrouvera plus tard dans la techno.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tristes ann&#233;es 80, celles de la c&#233;l&#233;bration de l'ultra-lib&#233;ralisme, du culte de l'argent et de la r&#233;ussite sociale, n'apporteront rien &#224; la transe, de plus en plus de jeunes et de moins jeunes devenant les laiss&#233;s pour compte de la soci&#233;t&#233;. Il faudra attendre la fin des ann&#233;es 80 pour que s'amorce l'engouement pour la techno, avec les f&#234;tes sans fin d'Ibiza, les clubs de Manchester (Hacienda), les Rave party rassemblant des dizaines de milliers de personnes, (mais vite ill&#233;gales), sans oublier les &#034;&lt;i&gt;Free Party&lt;/i&gt;&#034;, et les &#034;&lt;i&gt;Teknivals&lt;/i&gt;&#034; qui durent plusieurs jours (les unes et les autres interdits). En France, il faudra attendre 1998 pour qu'une circulaire minist&#233;rielle (Culture, Int&#233;rieur, D&#233;fense) mette fin (au moins sur le papier) &#224; l'ostracisme et &#224; la r&#233;pression contre la techno, et les musiques &#233;lectroniques. Aujourd'hui le ph&#233;nom&#232;ne &#034;&lt;i&gt;French Touch&lt;/i&gt;&#034; aidant (Laurent Garnier, Daft Punk, Manu le Malin, etc...), la tendance est &#224; la r&#233;cup&#233;ration commerciale, les festivals techno et les parades festives fleurissent , et &#224; la lassitude des ravers de la premi&#232;re heure, succ&#232;de l'euphorie d'une nouvelle g&#233;n&#233;ration pour qui la techno &#224; remplac&#233;e la pop music et la new wave de leurs a&#238;n&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GLOSSAIRE&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Disco :&lt;/strong&gt; Musique de danse cr&#233;&#233;e &#224; partir d'instruments &#233;lectroniques, issue de la &#034;soul music&#034; &#224; connu un succ&#232;s mondial &#224; la fin des ann&#233;es soixante-dix, influence majeure de la techno.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;DIY :&lt;/strong&gt; Do It Yourself, faites le vous m&#234;me, essence de l'&#233;thique punk : monte ton groupe, fais ton fanzine, produit ton disque, etc ...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Futurisme :&lt;/strong&gt; Mouvement artistique et litt&#233;raire d'avant-garde dont le manifeste date de 1909 (F.T. Marinetti, r&#233;v&#233;la la r&#233;volte esth&#233;tique et politique d'une g&#233;n&#233;ration qui glorifiant la technique, l'&#233;nergie et la vitesse, finit par se reconna&#238;tre dans le projet totalitaire mussolinien.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Hacienda :&lt;/strong&gt; Club fond&#233; par le label &#034;&lt;i&gt;Factory Records&lt;/i&gt;&#034; (Joy Division, New Order, Happy Mondays) &#224; Manchester, c&#233;l&#232;bre pour ses f&#234;tes d&#233;lirantes et &#034;&lt;i&gt;ecstasi&#233;es&lt;/i&gt;&#034;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Ibiza :&lt;/strong&gt; Ile des Bal&#233;ares, ancien rep&#232;re des hippies dans les ann&#233;es soixante-dix, est devenue depuis l'&#233;t&#233; 1988 (Summer of Love) le rendez-vous estival de la jeunesse techno de toute l'Europe.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Punk :&lt;/strong&gt; Mouvement musical, rock et nihiliste, n&#233; &#224; Londres le 4 novembre 1976, d&#233;c&#233;d&#233; &#224; San Francisco le 14 janvier 1978. Personnifi&#233; par les Sex Pistols (&#034;&lt;i&gt;Never mind the bollocks&lt;/i&gt;&#034;), The Clash, Adverts, The Slits, etc... H&#233;ritiers improbables des situationnistes, les punks seront les dignes successeurs des enrag&#233;s de mai 68, et de &#034;&lt;i&gt;No Future&lt;/i&gt;&#034; en &#034;&lt;i&gt;Destroy&lt;/i&gt;&#034; tout aura &#233;t&#233; dit en quinze mois. &#034;&lt;i&gt;Vous n'avez jamais eu l'impression de vous &#234;tre fait arnaquer ?&lt;/i&gt;&#034; J. Rotten.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Raves :&lt;/strong&gt; Rassemblements clandestins pouvant attirer de plusieurs centaines &#224; plusieurs milliers de personnes dans le but de faire la f&#234;te en dansant toute la nuit (et souvent jusqu'au lendemain, voire plusieurs jours d'affil&#233;s, aid&#233;s par des substances psychotropes prohib&#233;es).&lt;br class='manualbr' /&gt;La musique &#034;Techno&#034; &#233;tant &#034;mix&#233;e&#034; par les DJ's, les images (Fractales, psych&#233;d&#233;liques, etc...) par les VJ's. Interdits en Grande-Bretagne (Le Criminal Justice Act, est vot&#233; le 3 nov 1994) les &#034;&lt;i&gt;Ravers&lt;/i&gt;&#034; n'ont d'autre solution que le retour dans les clubs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DISCOGRAPHIE&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; BALI : Gamelan Semar Pegulingan. Nonesuch Records.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; BURUNDI : Les Ma&#238;res-Tambours. Arion.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; CENTRAFRIQUE : Chants et danses de la for&#234;t. Harmonia Mundi.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; HAITI : Voodoo Trance Music, Ritual Drums. Lyrichord.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; HOGGAR : Musique des touareg. Le Chant Du Monde
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; MAROC : Moroccan Sufi Music. Lyrichord ; The Master Musicians of - JAJOUKA. Adelphi Records.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; NIGER/ NORTHERN BENIN : Music of the Fulani. Auvidis-Unesco.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; The YORUBA/DAHOMEAN Collection : Orishas Across the Ocean. Rykodisc.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Brian ENO : Ambient #1 Music For Airports. E.G. Records.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Brian ENO, Harold BUDD : Ambient #2 the plateaux of mirror. E.G. Records.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Brian ENO, JON HASSEL : Fourth world vol. 1 Possible Musics. E.G. Records.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Philip GLASS : North Star. Virgin ; Music in twelve parts. Virgin.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Steve REICH : Four organs. Phase patterns. Shandar.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Terry RILEY : In C. CBS.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pierre SCHAEFFER : Parole et musique. Harmonia Mundi.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; CAN : Tago Mago. Spoon Records ; Future days. Spoon Records.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; KRAFTWERK : Autobahn. Philips ; Radioactivity. Capitol.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; NEU : First. Brain Records ; Second. Brain Records.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; CABARET VOLTAIRE : Mix-Up. Rough Trade ; The Voice Of America. Rough Trade.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; PIL : Metal Box. Virgin.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; THROBBING GRISTLE : D.o.A. Industrial Records ; Heathen Earth. Industrial Records.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; HAPPY MONDAYS : Halleluiah. Factory Records.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BIBLIOGRAPHIE&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; J-C ARNAUDON : Dictionnaire du Blues. Ed. Filipacchi.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Lester BANGS : Psychotic r&#233;actions et autres carburateurs flingu&#233;s. Tristam Ed.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; John CAGE : Journal. Maurice Nadeau/ Papyrus Ed.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; P. CARLES, J-L COMOLLI : Free Jazz, Black Power. Ed. Galil&#233;e.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Gilbert CHASE : Musique de l'Am&#233;rique. Buchet /Chastel.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nick COHN : Awoopbopaloobop alopbamboom. Ed. Allia.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Guy DEBORD : La soci&#233;t&#233; du spectacle. Ed. Champ Libre.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LeRoi JONES : Le peuple du blues. Galllimard.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; W. KAMPMANN, H. SCHMIDT : Can Box : Book. Medium Music Books.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LELOUP, RENOULT, RASTOIN : Global Tekno. Ed. du Camion Blanc.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Greil MARCUS : Lipstick traces . Ed. Allia.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Fernand OUELLETTE : Edgard Var&#232;se. C. Bourgois Ed.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Steve REICH : Ecrits et entretiens sur la musique. C. Bourgois Ed.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Gilbert ROUGET : La musique et la transe. Gallimard.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Luigi RUSSOLO : L'art des bruits. L'&#226;ge d'homme Ed.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pierre SCHAEFFER : Premier journal de la musique concr&#234;te. Ed. du Seuil.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Emmanuel de WARESQUIEL : Le Si&#232;cle Rebelle. Ed. Larousse.(sous la direction de)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PRESSE&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ART PRESS, Sp&#233;cial HS n&#176;19. : Techno, anatomie des cultures &#233;lectroniques.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; CRASH : 18, passage du chantier 75012 Paris.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; OCTOPUS : 333, rue des Pyr&#233;n&#233;es 75011 Paris.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; TECHNIKART : 30, rue de Charonne 75011 Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;FILMOGRAPHIE&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Jean ROUCH : Les tambours d'avant : tourou et biti. (16mm. 10min.) 1972.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Horendi : initiation &#224; la danse de possession. (16mm. 65 min.) 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A propos de Pierre Shaeffer :&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Centre d'&#233;tudes et de recherche Pierre Schaeffer
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Institut International de Musique Electroacoustique&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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