LYDIA LUNCH : Interview par Laurent Zine



LYDIA LUNCH
Interview de Lydia Lunch réalisé par Laurent Zine à l’occasion du festival AVATARIUM #6 (19 et 20 nov. 2004) publié dans le numéro 98 du mensuel culturel gratuit ...491
(traduction Virginie Despentes)

Lydia Lunch et ses petits démons

Grande prétresse de la no wave dans le New York des années 70-80 et féministe combattante adepte d’un parler cru sans équivalent depuis lors ; Lydia Lunch (& Band) revient aujourd’hui en France avec un nouvel album - Smoke in the shadows - aux senteurs "moody jazz", qui fleure néanmoins le "spoken word" embrasé en matière d’extrémisme passionnel. Elle sera donc très attendue avec Héliogabale, Yokohama Zen Rocks, Aka 42 et consorts, lors de la 6ième édition du festival Avatarium qui se tiendra les 19 et 20 novembre au musée de la Mine de Saint-Etienne.

LZ : Considères tu toujours ton microphone comme l’arme absolue... une arme de destruction massive des idées reçues ?
LL : Absoluement, c’est une arme contre la suffisance... Un outil amplificateur dont je me sers quand je pratique l’art d’hypnotiser les masses ! Une extension chromée, un filtre d’argent au bout de ma langue !

Quelle que soit la forme artistique que prend ton travail, il semble que tu utilises systématiquement la réalité comme matière première.
La réalité est à mon sens beaucoup plus hideuse, hilarante et répugnante que la fiction. Je raconte alors simplement la réalité comme je la vis, aussi perverse soit elle.

Continues tu à "te lacérer avec les souvenirs" ou te sens tu plus en paix aujourd’hui avec le passé, même incestueux, voire le futur qui sait ?
Je me sens effectivement plus en paix, d’autant que le monde qui m’entoure, lui, est toujours plus en guerre. L’information circule enfin rapidement grâce aux nouvelles technologies et nous dit la vérité concernant ce virus qu’est le patriarcat et la brutalité assassine qui l’accompagne... et cela fait plus de 20 ans que j’enrage contre cette merde. Quant à mes propres souvenirs, on peut arriver à purger de son système personnel tous les traumatismes, mais le corps ne permet jamais d’oublier ses propres cicatrices, c’est une sorte de mémoire moléculaire.

Pour revenir à Smoke in the shadows, pourrait-on dire de cet album qu’il s’agit d’un nouvel épisode de lamentation autobiographique sur la nature destructrice de la passion extrème ? Comme tu avais toi même baptisé l’installation que tu as présentée cette année en Angleterre.
Je ne connais que ça... et je n’ai aucun intérêt à travestir la réalité en fiction. Il y a le Top 50 pour ça. Il y a aussi l’industrie du divertissement et le monde des célébrités qui y arrivent parfaitement. Moi au contraire je dois chanter, crier, murmurer, ronronner aussi... et dégueuler mes tripes à la face de ceux qui voient en moi une soeur pleine de compassion, une mère, une fille ou un enfant ; quelqu’un qui s’adresse à eux en toute franchise, une sorcière qui comprendrait leurs angoisses, qui essaie constamment de trouver non pas une solution, mais la voie du salut par la rédeption.

Tu as dit un jour que ton "objectif avoué était la satisfaction et que la satisfaction de soi-même constituait la rebellion ultime..." (Pez Ner, novembre 97)
Tant que l’individu n’aura pas trouvé la satisfaction en lui-même, il ne connaitra que la frustration avec les autres et avec tout le reste

A propos de l’un de tes textes, "What is love without the pain ?"
L’amour sans la souffrance : est ce seulement possible ? Que pourrait on apprendre de l’amour, que pourrait on en retirer, qu’aurait on ensuite à donner, si ça ne faisait pas mal, si l’on ne se brûlait pas les doigts...

Peux tu nous en dire plus sur "The minus Man" (titre extrait de l’album)
C’est l’histoire d’un tueur sympathique... et c’est tiré d’un livre et d’un film du même nom. Il n’est jamais violent, il plonge ses victimes dans un sommeil profond. Une très belle méditation sur la folie !

Quel genre de message veux tu aujourd’hui délivrer aux "femmes et aux enfants d’abord" (Spoken word présenté il y a un an) ?
Mes soeurs... cette situation est abominable : une atrocité est commise non seulement contre les femmes et les enfants, mais aussi contre tous les humains qui ne soutiennent pas et ne profitent pas de l’industrie de l’armement. Dans cette folie, voila qu’il faut trouver un endroit sûr, où vous et les votres serez protégés. Mais il faut également se rebeller en prenant du plaisir, ne pas laisser votre vie envahie par la peur que ces putains de vampires aiment tant exalter. J’aimerais connaitre le moyen d’enrayer définitivement ce virus mais je ne vois que le RENVERSEMENT TOTAL des dictateurs du monde occidental... parce qu’en définitive, je n’ai pas de meilleure solution.

Y a-t-il encore des groupes ou des personalités qui te surprennent agréablement dans l’underground, au niveau des scènes punk rock et hardcore ?
Je n’ai pas la moindre idée de ce qui se passe sur les scènes punk rock et hardcore. Les gens que j’admire toujours sont Foetus, Karen Finley, Coil, Bjarnes Melgaard, Damien Hirst et Merzbow !

L’esprit de la no wave a t-il encore du sens aujourd’hui ?
La dissonance aura toujours de l’intérêt ; se révolter contre les formules toutes faites et sortir des sentiers battus aura toujours de l’intérêt.

Il y aura bientôt des élections aux Etats Unis... Considères tu tout ça comme une mascarade ou trouveras tu des raisons de voter contre Bush ?
CET HOMME DOIT ABSOLUMENT ETRE ELIMINE PAR TOUS LES MOYENS NECESSAIRES. Il se peut qu’il faille aller plus loin que le vote pour se débarrasser de lui et des criminels irresponsables qui fourmillent à Kaboul et ailleurs.

Quelque chose à nous dire concernant cette prochaine tournée baptisée Fall ?
J’ai hâte de vous séduire et de vous dégouter. A bientôt donc mes petits démons.

Laurent Zine + Virginie Despentes pour la traduction

 

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